la baule+ 20 | Août 2026 Les images sont fascinantes. Ce sont des images d’apocalypse. e feu ravage des milliers et des milliers d’hectares du pays, en Gironde, dans les Landes, le Var, les Pyrénées orientales, aux portes de Paris en forêt de Fontainebleau, ailleurs aussi. Des maisons sont détruites, des populations chassées de leurs résidences, de leurs quartiers, jetées sur les routes, réminiscences douloureuses d’un exode des années sombres où la vague dévastatrice n’avait pas la beauté des feux du diable, mais la sombre laideur du Humeur > Le billet de Dominique Labarrière De feu et de cendres vert de gris marchant au pas de l’oie. L’analogie s’arrête là, si ce n’est pour constater que c’est, aujourd’hui comme hier, une forme de guerre qu’il faut livrer. Le fléau serait d’une ampleur sans précédent, nous informe-t-on. En première ligne, des hommes et des femmes qui - il serait temps de le reconnaître - constituent les authentiques troupes d’élite du pays en temps dits de paix : les sapeurs-pompiers. Certains ont payé de leur vie, tombés au combat les armes à la main, pourrait-on dire. Ils sont environ deux cent cinquante mille en France semble-t-il. Dont 80% sont pompiers volontaires. Des filles et des gars qui, spontanément, font le choix d’en être. Être de ceux prêts à tout donner - jusqu’à leur vie, donc - pour protéger, secourir, sauver leurs concitoyens. Admirable dévouement. Il reste à souhaiter que la Nation sache les remercier et les récompenser à la hauteur de leur engagement quand le pays sera enfin sorti de cet enfer de feu et de cendres. Pompiers volontaires, cela signifie qu’ils ont un travail en dehors, qu’ils prennent sur leur temps libre pour se former, accomplir leurs missions. Cela signifie aussi que l’employeur sache faire l’effort d’aménager leur emploi du temps, de les libérer en cas de besoin. Le système, ce volontariat, est en tous points exemplaire certes, redisons-le. Mais est-il à la mesure des défis à venir, compte tenu des effets du réchauffement climatique, des sècheresses longues et répétées qui menacent ? On nous prédit que ce qui nous semble aujourd’hui d’une intensité, d’une gravité, d’une violence exceptionnelle risque de ne plus l’être du tout, exceptionnel, dans les années qui viennent. Probablement, devrait-on envisager sérieusement de repenser le statut du corps des sapeurs-pompiers, de le faire évoluer vers une véritable armée de métier, plus largement professionnalisée qu’elle ne l’est aujourd’hui, sans pour autant, bien entendu, décourager les bonnes volontés citoyennes. Il n’est pas douteux qu’il y aurait encore aujourd’hui nombre de vocations pour intégrer cette armée-là, une armée que la Nation aurait à cœur de considérer, de traiter et de rémunérer à la hauteur de son utilité et de ses mérites. Lorsque j’étais enfant, les petits garçons affirmaient volontiers vouloir «être pompier plus tard», sans doute à cause du gros camion rouge qui file dans les rues en faisant pinpon et du casque d’or que portent ces gaillards-là. Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui, alors que - et c’est une excellente chose - les petites filles pourraient elles aussi se déclarer partantes. La manie inclusive, du moins jusqu’à ce jour, nous a relativement épargné la féminisation de la dénomination en « pompière ». Qu’elle s’offre donc ce plaisir. Pour une fois, nous acquiescerons. Lors du défilé du 14 juillet à Paris, sur les Champs Élysées, d’année en année c’est le passage des sapeurs-pompiers qui est le plus applaudi, et ce n’est que justice. Ceux-là, et tous leurs frères d’armes à travers le pays, servent une cause noble entre toutes, sauver des vies d’êtres humains, sauver ce qui peut l’être quand la nature se déchaîne contre la nature. Un défi purement prométhéen. Et qui le sera sans doute de plus en plus. On s’est trop longtemps permis le facilité d’ironiser sur le « bal des pompiers » de village qu’on voulait voir comme le moment beauf et plouc par excellence. Gageons que plus personne ne sera assez sot pour poursuivre dans ce registre. Ce bal, au contraire, mérite d’être regardé comme une heureuse parenthèse de joie et de légèreté dans le parcours de ces filles et de ces garçons, de ces hommes et de ces femmes qui, en cet été plus que jamais, et sans doute plus encore dans les temps à venir, nous font la démonstration - ô combien réconfortante! - qu’il y a chez nous, « des hommes qui font honneur à l’Homme», pour reprendre le beau mot du maréchal Montecuccoli apprenant la mort, sur le champ de bataille, de Turenne, son ennemi du jour.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2