La Baule+

la baule+ 10 | Août 2026 Culture > Les mémoires d’une petite fille qui a vécu la chute du Mur de Berlin Marina Yaloyan a eu un parcours incroyable: elle a connu le choc de la chute du Mur de Berlin quand elle habitait à Erevan, elle a vu ses parents devoir brûler des livres pour se chauffer. Elle a passé son enfance et son adolescence entre Erevan et Moscou. Ensuite, elle est partie vivre aux États-Unis, où elle est sortie major de l’université de Columbia à New York et d’UCLA à Los Angeles. Elle est devenue journaliste pour la télévision française (France 24, M6), puis éditrice déléguée à l’UNESCO. Elle est aujourd’hui directrice des Affaires internationales au Journal du Parlement et aux Nouvelles Diplomatiques, chargée des Relations internationales au Comité de l’Europe et professeur à HEC. « La Petite Pianiste d’Erevan » est son premier roman. Elle y raconte l’histoire de Verochka, qui grandit dans une famille d’intellectuels communistes au milieu des livres, des certitudes idéologiques et de la musique qui lui ouvre un autre horizon. Mais lorsqu’en 1991 l’Union soviétique vacille, son univers se fissure et l’Histoire s’invite dans chaque foyer. Verochka se raccroche alors à un espoir fragile : réussir le concours qui lui permettra d’intégrer une prestigieuse école de musique moscovite. « La Petite Pianiste d’Erevan », de Marina Yaloyan, est publié chez Albin Michel. Marina Yaloyan : « On ne peut pas comparer une société qui est centrée autour de l’argent et des valeurs matérielles, et une autre qui est centrée autour des valeurs spirituelles. » La Baule+ : Vous avez passé votre enfance entreMoscou et Erevan, et vous habitez maintenant à Paris. Vous portez un regard d’enfant sur la période communiste. Pour quelles raisons ? Marina Yaloyan : Je ne voulais pas faire un livre politique. Ce qui m’intéressait, c’était de transmettre ce que les gens ressentaient à cette époque. Nous avons traversé cette période avec des millions de personnes qui vivaient la même chose de l’autre côté du Mur. J’ai voulu évoquer ce que ces gens ressentaient de l’intérieur. Je viens de faire une signature à La Baule. J’ai rencontré des lectrices russes et biélorusses, mais aussi ukrainiennes, et tout le monde m’a dit que cette histoire leur rappelait leur propre enfance. Cela me touche infiniment, parce que cela veut dire que le livre touche vraiment le cœur des lecteurs. Ce qui nous préoccupait, c’était d’abord notre survie spirituelle Parfois, on imagine d’une façon assez caricaturale que la vie derrière le rideau de fer n’était que misère et oppression. Or il y avait aussi de bons moments, avec un excellent niveau culturel et éducatif... Les priorités étaient vraiment différentes. C’est vrai, le matériel ne comptait pas beaucoup. Il y avait le même salaire pour tout le monde et les appartements étaient donnés gratuitement par le gouvernement. Donc, personne n’était réellement préoccupé par sa survie matérielle. Ce qui nous préoccupait, c’était d’abord notre survie spirituelle. C’est après la chute du Mur que tout s’est effondré. Les parents de la petite fille se sont retrouvés face à la nécessité de gagner de l’argent, de trouver un travail, alors qu’avant il y avait les emplois à vie. La précarité matérielle s’est installée pour une bonne dizaine d’années. Ce fut un traumatisme pour beaucoup. On voit apparaître tout un nouveau monde Vous racontez l’histoire de cette petite fille. Vous soulignez qu’il s’agit d’une fiction, mais on peut deviner qu’il existe beaucoup de points communs avec ce que vous avez vécu. Vous évoquez la tristesse d’une grandmère lors de la chute du Mur. Elle en voulait énormément à Gorbatchev, comme à Eltsine… Oui, la grand-mère incarne exactement cela. Elle était nostalgique de ce monde qui s’effondrait. C’est une figure tragique. Elle a cru à ce monde, elle a cru à ce communisme, et le voir disparaître lui a fait énormément de mal. Elle a essayé de sauver les derniers roubles qu’elle pouvait trouver, car elle était profondément bouleversée par l’effondrement de ce système. On voit apparaître tout un

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