la baule+ 26 | Mai 2025 La Baule+ : Vous nous faites découvrir les coulisses du monde de l’art et de la littérature à la Belle Époque, à la fin du XIXe siècle… Michèle Dassas : Oui, cela commence en 1877. Marie Renard a croisé tous les peintres en vogue, les impressionnistes, les post-impressionnistes et ceux que l’on appelait les pompiers. C’était la bonne société, la société des arts, celle de tous les plaisirs et de tous les goûts artistiques, la littérature, la musique et la peinture. Le nom de Marie Renard n’est pas connu du grand public aujourd’hui. Peut-on dire que c’était lemannequin vedette de l’époque ? Oui. Marie Renard était le Phénix des modèles. On l’appelait tout simplement Marie. Elle a figuré dans un livre écrit par Paul Dollfus sur les modèles et elle y est très largement à l’honneur. C’était une très jolie femme Michèle Dassas : « Marie Renard était le Phénix des modèles. » Michèle Dassas est résidente secondaire à Pornichet. Elle a été primée au Concours Arts et Lettres de France (2012, 2013, 2014 et 2015) et a remporté le 1er prix du Concours littéraire « Les enfants du Grand Meaulnes » en octobre 2013 pour son texte « D’une rive à l’autre ». Dans son dernier livre, elle relate l’histoire de Marie Renard, qui fut en quelque sorte le premier top model à connaître une notoriété mondiale. « Marie Renard : la femme modèle » de Michèle Dassas est publié chez Ramsay. Mode ► L’écrivaine pornichétine raconte l’histoire du premier top model rousse et, ce qui m’a intéressée, c’est le scandale de « La femme au masque ». Henri Gervex l’avait représentée nue, avec un loup noir sur les yeux, et c’était elle. J’ai pu me fonder sur les souvenirs des peintres pour écrire ce livre et, comme elle revenait fréquemment, à partir des dates des tableaux j’ai pu retracer sa vie. J’ai vraiment pu reconstituer le puzzle de sa vie. Un expert m’a dit récemment que le jour où l’on retrouverait le fameux tableau de « La femme au masque » sa valeur serait inestimable. Il était en 1902 au Caire et il a été vu en 1906 à New York. Mais on ne sait pas où il se trouve actuellement. Il est probable qu’une personne ait ce tableau chez elle, sans se rendre compte de la valeur qu’il peut représenter. Quel était le rapport des peintres face à leurs modèles, par rapport à celui des photographes avec leurs mannequins ? Les peintres académiques avaient plus tendance à représenter le réel mais, malgré tout, chaque peintre mettait dans son œuvre un peu de lui-même, ou un peu de ce qu’il voulait voir. C’est tout à fait sensible dans les œuvres de Jacques-Émile Blanche, qui représente souvent Marie. Mais, chaque fois, quand je recherche le visage de Marie dans les œuvres d’autres peintres, je constate qu’elle était autre. Chaque artiste a fait des choses très différentes, mais on arrive quand même à retrouver des similitudes. Elle est vraiment la plus vraie dans le tableau réalisé par Louise Abbéma en 1914. C’était déjà une dame plutôt âgée. Elle avait une cinquantaine d’années et elle était représentée telle qu’elle était réellement. Elle a dû faire fantasmer beaucoup de messieurs Peut-on dire que c’était la femme parfaite de l’époque ? Oui. On aimait beaucoup les rousses à l’époque. Elle était très jolie, très élégante. Elle savait poser avec beaucoup de délicatesse, en se plaçant d’une manière très charmante. Donc, elle a dû faire fantasmer beaucoup de messieurs. Elle était grande, mince, pas beaucoup de poitrine, des yeux bleus magnifiques... Elle aurait pu être mannequin aujourd’hui. Vous racontez que la séance de pose était toujours très préparée… C’était complexe. Tout était différent selon les peintres. Certains mettaient beaucoup de temps à peindre un sujet, alors que d’autres faisaient simplement une ébauche. On lui demandait aussi de tenir des rôles différents. Elle pouvait être une dame de la bonne société, une soubrette, une femme nue… Elle a eu énormément de rôles à jouer, car c’était finalement une actrice et elle se considérait d’ailleurs comme une collaboratrice des peintres. Le peintre lui demandait de jouer un rôle et elle devait bien tenir ce rôle. Elle savait s’adapter, en restant sans bouger pendant des heures. Elle avait le sens inné de la pose. Les ateliers étaient très structurés. Certains peintres avaient de grands miroirs, des ateliers bien meublés avec des canapés, tandis que d’autres étaient dans une ambiance beaucoup plus bohème. Vous indiquez aussi qu’elle avait des rendez-vous réguliers avec les peintres, parfois tous les dimanches, et que la peinture se faisait au fur et à mesure… Cela dépendait des peintres. Elle voyait l’œuvre en devenir. Au départ, elle ne comprenait pas vraiment où cela allait aller et puis elle se rendait compte que le peintre voulait davantage saisir son âme que son physique. Marie Cassat lui avait déconseillé d’aller chez les hommes… Effectivement, Marie Cassat lui avait dit de ne pas aller chez les hommes, pour éviter qu’il lui arrive malheur. Finalement, elle est quand même allée chez les hommes. Elle est devenue un modèle pour l’ensemble, c’est-à-dire un modèle nu. Il y avait parfois des ambiguïtés, mais Marie avait un esprit bien fait et elle a eu énormément de succès, sans tomber dans les pièges que lui prédisait Marie Cassat. Elle est devenue familière de personnalités comme Sarah Bernhardt, Guy de Maupassant, Henri Gervex, Marcel Proust, Claude Monet… Tout le monde se connaissait, on se rencontrait dans des soirées. Il y avait des échanges permanents. Guy
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