L’Europe a longtemps représenté la science, le progrès, la culture et l’intelligence. Est-ce comme une très belle femme qui n’a plus pris soin d’elle et qui ne se rend plus compte de ce qu’elle est réellement ? C’est terrible, c’est tout à fait cela. C’est la fable de la cigale et de la fourmi. Cette fable s’applique aussi à des sociétés et à des nations. Les pays qui sont aujourd’hui en train de se développer, après des décennies de communisme, sont aujourd’hui plus prospères que nous. Le taux de croissance du PIB la baule+ 16 | Mai 2025 Nikola Mirkovic : « Nous ne sommes plus séduisants, car nous n’avons pas investi dans la jeunesse.» de la Russie est quatre fois supérieur à celui de l’Union européenne et la Chine est en train de travailler sur des technologies que nous sommes loin d’acquérir. Un centre d’études australien, la fondation ASPI, vient de recenser les 43 technologies les plus importantes pour l’économie de demain. Or, sur ces 43, il y en a 37 qui sont entre les mains des Chinois. On ne peut pas en vouloir aux Chinois d’avoir fait cela, parce qu’ils ont travaillé sur un temps long, en investissant dans leurs écoles et leurs universités. Le taux d’ingénieurs en Russie est largement supérieur au nôtre. Pendant que nous étions en train de jouir de la société, en pensant que nous pourrions toujours vivre dans un pays de cocagne, d’autres pays étaient en train de se reconstruire. On s’aperçoit que l’Europe ne fait plus rêver. Nous avons des problèmes sociaux et économiques majeurs, et c’est aussi le cas aux ÉtatsUnis. Nous ne sommes plus séduisants, car nous n’avons pas investi dans la jeunesse. La seule réponse que nous apportons, c’est cette fuite en avant, en expliquant que l’on va s’armer. Au contraire, on devrait investir dans la recherche et le développement, on devrait retravailler nos sociétés, car nous avons un énorme potentiel. On attribue à Einstein cette phrase : « Je ne sais pas à quoi ressemblera la troisième guerre mondiale, mais à la quatrième on se battra avec des cailloux et des bâtons. » La seule solution, c’est de trouver notre place dans ce monde multipolaire qui est en train d’émerger. L’opinion publique a souvent une idée fausse du monde, parce qu’elle voyage assez peu… Il faut développer le tourisme, mais nos élites ont voulu faire de la réingénierie sociale. On ne connaît plus notre propre histoire de France et beaucoup de jeunes ne s’intéressent pas au reste du monde. D’abord, on doit maîtriser notre histoire et, ensuite, on doit comprendre le reste du monde. On rigolait beaucoup des Américains il y a quelques années, à propos de leur inculture géographique. Mais demandez aux Français où se trouve ne serait-ce que le Liban sur une carte ! On ne peut pas s’en sortir si l’on ne se cultive pas. Propos recueillis par Yannick Urrien. Nikola Mirkovic, invité de l’association Cercle 7 pour une conférence à La Baule. La Baule+ : Cet ouvrage vise-t-il aussi à nous rappeler ces événements à une époque où l’on déplore que la mémoire est de plus en plus courte ? Gilles Ropert : La mémoire est courte, effectivement. Il ne faut pas oublier cette grande définition de la France libre, celle du général de Gaulle en 1942 : le fait politique n’est pas le fait majeur. En effet, on doit la Libération à des gens de toutes opinions et de toutes confessions, qui se sont unis pour libérer la France. Ce livre est le fruit d’une promesse faite aux combattants, celle de m’agiter pour que leur souvenir ne disparaisse jamais. Leur volonté était de libérer la France. Et toutes les récupérations politiques n’ont aucun sens. D’ailleurs, il faut se souvenir de cette réflexion du général de Gaulle en voyant arriver les premiers résistants. Il y a une tendance qui consiste à dire que les premiers résistants étaient des bourgeois : il y en avait, mais les premiers à le rejoindre étaient les Bretons, quelques aristocrates, et des juifs. C’est l’absolue vérité statistique. Alain Peyrefitte demande au général si c’est la droite qui l’a rejoint à Londres, et il répond : « La droite allait à la messe le dimanche avec le maréchal Pétain. » Jean Moulin est un homme extraordinaire, tout comme Félix Éboué qui a joué un rôle considérable. Il ne faut pas oublier que la France libre est d’abord africaine grâce à Félix Éboué, franc-maçon et radical de gauche, qui a permis d’établir le siège de Le Baulois Gilles Ropert publie « Taïaut ! » en hommage aux Compagnons de la Libération Gilles Ropert : « La France libre est d’abord africaine. » Gilles Robert est chirurgien-dentiste, colonel de réserve et résident baulois. C’est notamment à lui que l’on doit l’idée de créer à La Baule un square de la France libre : « Je remercie notre maire, Franck Louvrier, d’avoir accepté cette proposition. Il y a deux drapeaux, celui de la France libre, mais aussi celui de l’Union Jack britannique, puisqu’il faut toujours se souvenir que les Anglais ont été les premiers à résister. » Gilles Ropert vient de publier en auto-édition un livre intitulé « Taïaut ! » en hommage aux combattants de la France libre.
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