La Baule+

la baule+ 6 | Juillet 2025 La Baule+ : Vous habitez à Guérande toute l’année et, pour la première fois, vous allez jouer à Paris l’été, pour 30 représentations de « Tout Bascule » au Théâtre Déjazet. Pourquoi ce choix de jouer l’été à Paris ? Olivier Lejeune : La pièce a été écrite en 2001. Nous l’avons créée grâce à Yves Métaireau, puisque toute la troupe était venue en résidence au Majestic pendant trois semaines, avant de la jouer à Atlantia. Ensuite, nous l’avons jouée au cours de l’été 2003 au théâtre de la Michodière et le succès a été au rendez-vous. Du coup, j’ai gardé un souvenir idyllique de l’été à Paris. Il y a très peu de théâtres ouverts, il fait chaud, en plus on était à la Michodière - il y a le mot chaudière et le théâtre n’était pas du tout climatisé - mais nous avons eu tous les honneurs de la presse et de toutes les télés. Il n’y avait pas une place de libre. J’ai gardé ce souvenir exceptionnel de pouvoir être en tête des recettes de Paris, surtout lorsqu’il n’y a que quatre théâtres ouverts ! Nous avons continué la pièce pendant trois ans à Paris, avec plus de mille reThéâtre ► Le comédien et auteur guérandais entre Paris et La Baule cet été Olivier Lejeune : « Il ne faut jamais s’arrêter sur le bord de la route en regardant les autres passer. » La promotion parisienne de la pièce « Tout bascule » se fait aussi dans La Baule+ ! Olivier Lejeune nous informe qu’il sera en représentation au Théâtre Déjazet à Paris du jeudi au dimanche en juillet et en août. Évidemment, il invite les Parisiens, les résidents secondaires et les habitants de la presqu’île qui iront à Paris à venir le voir! Cette pièce connaît un succès mondial. Elle a été jouée des milliers de fois et adaptée dans une dizaine de pays. C’est la seule pièce de théâtre certifiée par constat d’huissier de « 703 éclats de rires, un rire toutes les 5 secondes ». On retrouve sur scène Olivier Lejeune, Julie Arnold, Michel Guidoni, Camille Muche, Charles Leys, Sandra Beaudou et Franck Fargier. Les décors sont de Pauline Lejeune et l’assistant de production est Cyril Lejeune. « Tout Bascule » au Théâtre Déjazet, 41 boulevard du Temple à Paris. Téléphone : 01 48 87 52 55. présentations. Et depuis 22 ans, cette pièce a connu un succès énorme. Elle a été reprise par des troupes et elle est actuellement jouée dans une dizaine de pays. J’ai même reçu une demande en Turquie où j’ai été invité. Heureusement, la dernière demande ukrainienne n’a pas abouti, j’aurais eu peur d’y aller pour la première... Et je viens même de recevoir une demande d’adaptation en Russie ! Cette pièce a un destin incroyable. Dans ma vie, j’ai toujours eu de la chance pour les premières fois : mon premier disque s’est vendu à 2 millions d’exemplaires, ma première pièce a fait 1300 représentations, mon premier jeu de société s’est vendu à 300 000 exemplaires… On vient de me proposer de reprendre la pièce à Paris, après avoir joué trois mois à guichets fermés à Lyon. Donc, c’est l’occasion de refaire un tour de piste et de montrer aux jeunes auteurs que les vieux crocodiles comme moi ont encore du sang. C’est la seule pièce où il y a eu un certificat de deux huissiers - c’était une idée de Philippe Bouvard - qui ont compté tous les rires. Maintenant, je peux attester, certificat à l’appui, qu’elle provoque 703 éclats de rire. J’espère bien dormir sur mon bateau à Pornichet Comment allez-vous vous organiser ? En juillet et en août, je vais jouer du jeudi au dimanche. Je viendrai à La Baule entre le dimanche et le mercredi pour profiter du bateau et naviguer vers Belle-Île-enMer, Houat ou Hœdic ! J’ai déjà pris tous mes billets de train pour cet été. J’espère bien dormir sur mon bateau à Pornichet et, si la météo le permet, faire une petite excursion vers Belle-Île-enMer. Pourquoi cette passion pour l’océan ? J’ai dû être un ancien marin dans ma vie. J’ai surtout une passion pour Belle-Île. Je suis amoureux de cette île. Je pense à Sarah Bernhardt et Sacha Guitry. Le père de Sacha Guitry était un ami personnel de Sarah Bernhardt… Franck Louvrier dit avec beaucoup de justesse que c’est le pays des vacances Il était aussi son amant… Oui, vous savez tout. Ils ont eu une aventure. Cette île a une lumière et une âme. Si un jour je devais m’arrêter de travailler, j’ai souvent pensé m’installer à BelleÎle-en-Mer. Je viens d’avoir 74 ans, mais pour l’instant j’espère continuer à être plus jeune que mon nom ! Ici aussi, toute la presqu’île est magnifique. Ce sont mes racines d’enfance. Franck Louvrier dit avec beaucoup de justesse que c’est le pays des vacances. C’est une sorte de paradis terrestre. La décision de jouer à Paris a été difficile à cause de tout cela. Surtout, je dois enchaîner une nouvelle pièce en septembre avec Jean-Pierre Castaldi, dont la femme a une maison à Belle-Île. Je deviens radin et avare du temps. Si des gens me proposent de prendre un café, maintenant je réponds non Comment parvenez-vous à concilier l’envie de poursuivre ce que vous faites déjà, avec cette soif d’entreprendre de nouveaux projets ? C’est le secret du bonheur. Il y a des gens de mon âge qui sont retraités dans leur tête et qui pensent uniquement à sortir pour aller à la pêche ou prendre l’apéritif avec des amis. Un artiste, ou un chef d’entreprise, a envie d’être toujours dans la vie active. Il ne faut jamais s’arrêter sur le bord de la route en regardant les autres passer. Il faut être dans la course. Parfois, il faut pédaler un peu plus vite que les autres, car ceux qui ont une trentaine d’années ont quand même beaucoup plus d’énergie. J’ai des idées de pièces tous les jours. Ma seule angoisse, c’est le temps. Je deviens radin et avare du temps. Si des gens me proposent de prendre un café, maintenant je réponds non. On peut très bien se téléphoner ou s’envoyer un mail. D’ailleurs, je décroche de moins en moins mon téléphone, sauf quand ce sont des amis intimes. C’est toujours la même chose, les mêmes discussions. On reçoit toujours les mêmes messages : « Comment vas-tu ? » On ne va pas s’amuser à raconter sa vie à tout le monde… L’avenir, c’est avoir des projets Vous êtes finalement assez proche sur ce plan de Fabrice Luchini, qui m’a confié qu’il ne pourrait pas prendre un apéritif sur la plage pendant des heures, avec des gens qui comblent leur vie par des conversations où l’on raconte toujours les mêmes choses, si ce n’est répéter ce que l’on a vu la veille à la télévision… C’est vrai, c’est comme jouer une pièce une centaine de fois. Mais encore, le public est différent. Quand on va prendre l’apéro avec toujours les mêmes, on a toujours le même public. Je suis fasciné par tout ça. Mais si ces gens sont heureux, tant mieux. L’important, c’est d’être en paix avec sa conscience et surtout d’essayer de rendre service et d’être là pour transmettre. Je donne encore des cours sur la mémoire en Suisse. En fait, j’adore les gens. Je suis très curieux. Je me nourris des autres et, si je n’avais pas à me nourrir des autres, je me nourrirais de littérature et de cinéma. Je ne pourrais pas rester des heures à me croiser les doigts sans avoir aucun avenir. L’avenir, c’est avoir des projets. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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