la baule+ Février 2025 | 15 jusqu’en 1498, où Charles VIII meurt d’un traumatisme crânien. Dans le contrat de mariage, il est stipulé que si le roi meurt sans héritier naturel, la duchesse peut reprendre possession de son pays. Elle redevient duchesse à part entière et elle se remarie avec Louis XII, son cousin. Louis XII a combattu dans les armées bretonnes, c’est un proche parent de la famille royale de Bretagne. François Ier prend la décision d’annexer la Bretagne en 1532 avec des milliers de soldats À cette époque, Anne est veuve à 22 ans. Louis XII a 37 ans et il a beaucoup d’admiration pour sa cousine. Ils se marient et Anne de Bretagne impose des conditions strictes, notamment le fait de reprendre la totalité du gouvernement de la Bretagne et, s’ils ont deux enfants, c’est le deuxième enfant qui héritera du trône breton. Cela va durer jusqu’en janvier 1514, date de la mort d’Anne de Bretagne. Elle a reconstruit toute la Bretagne et son règne a été remarquable. Louis XII meurt une année plus tard et c’est un monstre qui lui succède, en l’occurrence François Ier, puisqu’il prend la décision d’annexer la Bretagne en 1532 avec des milliers de soldats. À partir de là, François Ier est quand même contraint de laisser de larges pouvoirs aux Bretons, notamment un Parlement général, c’est-àdire l’Assemblée nationale bretonne de l’époque, et la Bretagne est en avance de plusieurs siècles sur le plan institutionnel par rapport à la France. La France est un pays absolutiste, les citoyens ont très peu de droits, ce qui n’était pas le cas en Bretagne. Jusqu’en 1789, les Bretons réunissent chaque année leur Parlement pour continuer de voter leurs lois et leurs impôts. Évidemment, en face, les Français essayent d’arracher les richesses des Bretons. Tout cela ressort des archives exceptionnelles que j’ai pu amasser. C’est un combat permanent entre les Bretons et les Français. Le phénomène devient endémique sous la houlette du persécuteur révolutionnaire En résumé, pour bien comprendre la situation, peut-on dire que la Bretagne était indépendante jusqu’en 1487, qu’ensuite elle a connu une période d’autonomie entre 1491 et 1789, puis a perdu son autonomie en 1789 ? La Bretagne a été annexée une première fois en 1491, à la suite du mariage forcé de la duchesse Anne avec Charles VIII, et une seconde fois en 1532, par la violence, la peur, l’achat des « élites» bretonnes. Une troisième fois, radicale cette fois, en 1789. Dès le règne de Louis XIV, sous la férule de Colbert, la Bretagne s’appauvrit considérablement, par les prélèvements fiscaux, et les obstacles et taxes frappant ses productions. Elle parvient à se maintenir à un niveau satisfaisant jusqu’en 1789, par sa résistance permanente au pouvoir monarchique. Mais le phénomène devient endémique sous la houlette du persécuteur révolutionnaire, qui puise en Bretagne ses administrateurs, ses soldats, ses marins, ses navires, les produits de son agriculture, et devient, ne lui restant que la peau et les os, selon l’excellente formule de Marcel Texier, « le trou du cul de l’Europe » durant le 19ème siècle. Les Institutions nationales - les États de Bretagne et le Parlement - maintenues par les rois de France, qui fonctionnaient d’une manière efficace en dépit des pressions incessantes du gouvernement royal, sont interdites de se réunir, c’est-à-dire supprimés en 1789 et 1790 par ces malades mentaux qualifiés de « révolutionnaires ». Les Bretons sont privés de tous leurs droits, sans exception. Ils votaient jusqu’alors leurs lois et leurs impôts. Désormais, ils doivent obéir aux ordres de Paris, sans aucune possibilité de discussion. La langue bretonne est combattue, traînée dans la boue, humiliée, au point de devenir, à la fin du siècle, un sujet de honte et de dégoût pour ses propres locuteurs. Les Français déversent sur les Bretons des injures honteuses La charnière se trouve entre les deux guerres. L’enseignement et le catéchisme en langue bretonne sont persécutés et interdits. Les Français déversent sur les Bretons des injures honteuses, témoignage d’un racisme anti-breton furibond. Ces injures sont ordurières. On dresse d’eux des portraits ignobles : sales, puants, chargés de puces et de poux... Ce ne sont pas des hommes, mais des êtres situés à mi-chemin des humains et des animaux. Quels sont les points majeurs à retenir ? Avec le mariage d’Anne de Bretagne avec Charles VIII, en 1491, la Bretagne est annexée une première fois, de 1491 à 1498, année de la mort de Charles VIII. De 1499 à 1532, elle est cogouvernée par les Bretons et les Français. Elle est annexée en 1532, mais récupère peu à peu une large autonomie jusqu’en 1789. De la mort de Louis XIV en 1715, à 1789, elle lutte contre les empiétements de la monarchie avec une grande efficacité, en relation avec les autres provinces de France. C’est en 1789 que tout se gâte. Et la Bretagne perd tous ses droits. Les Bretons ont créé à Versailles et à Paris le Club Breton. Le 4 août 1789, c’est sous la présidence de l’avocat de Rennes, Isaac Le Chapelier, que les privilèges féodaux sont abolis. C’est à la fin de 1789 et au début de 1790 que les Institutions bretonnes sont interdites par la France. L’effondrement de la France, notamment sur le plan économique, pourrait-il inciter la Bretagne à de nouvelles velléités d’autonomie ou d’indépendance ? La Bretagne est tout à fait viable sur le plan économique. Malheureusement, les Bretons ne connaissent rien à leur histoire et les esprits ne sont pas prêts. En 2025, toute la Bretagne est au courant de son statut, non plus de colonie interne de la France, mais d’esclave. J’ai travaillé le sujet grâce au président du tribunal d’instance de Quimper, Yann Brekilien, magistrat et écrivain remarquable, à partir de 1975 : un demi-siècle, donc. Écrire la Vérité fut pour moi une mission. Les Bretons, par leur lâcheté, sont punis. C’est bien fait. Ils devraient être indépendants: ils sont esclaves. On sait par qui et pourquoi. Ce livre s’intègre dans le processus inéluctable de restauration de la Bretagne parmi les Nations mondiales, et sa juste place parmi les membres de l’ONU. Ainsi, la Bretagne est clairement française depuis 1789, lorsqu’elle a perdu toute autonomie. Prenons l’exemple de la Martinique qui est française depuis 1635 : elle était déjà française quand la Bretagne ne l’était pas encore totalement… On peut dire cela… Ni en 1491, ni en 1532, ni en 1789, les Bretons n’ont été consultés sur leur sort Pourtant, en Martinique, les indépendantistes représentent 15 à 20 % à chaque élection. En Bretagne, ce n’est que 1%. Comment expliquez-vous cela ? Parce que les Français n’ont aucun accès à leur histoire. J’ai reçu ma formation historique à l’école communale du Guilvinec, puis au lycée de Pont-l’Abbé. Dans mon enfance, nous n’avions jamais entendu parler de la Bretagne comme puissance médiévale. On nous enseignait l’histoire de France en nous expliquant que Charlemagne et Clovis étaient nos rois, alors que c’est complètement faux en ce qui concerne la Bretagne. Je souhaite que les Bretons s’intéressent à leur histoire et ils vont prendre conscience, comme c’est le cas des Martiniquais et des Guadeloupéens en ce moment, qu’ils ont été trompés. On a massacré les Bretons, on les a ruinés. La France a commis en Bretagne et en Vendée des crimes monstrueux contre l’humanité. Ces crimes sont imprescriptibles. Quand on a lu cela, on ne peut pas ne pas être en colère. Il est temps que les Bretons prennent conscience de ce qu’ils sont. Ni en 1491, ni en 1532, ni en 1789, les Bretons n’ont été consultés sur leur sort : leur annexion a été brutale, par la force, et par les massacres. Le droit international postule que seuls les peuples décident de leur destin, de leurs lois, de leur langue, de leur culture, et que les « minorités » doivent être mises en situation de décider librement de leur sort. La France viole grossièrement ces principes et elle est hors du droit international. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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