La Baule+

la baule+ 14 | Février 2025 Histoire ► L’historien et juriste raconte l’annexion de la Bretagne par la France Louis Mélennec : « La France a commis en Bretagne et en Vendée des crimes monstrueux contre l’humanité. » Comment la Bretagne a-t-elle perdu son indépendance ? Voici l’épineuse question que Louis Mélennec a décidé d’étudier en profondeur. L’usage est de parler de « rattachement » et les mariages successifs d’Anne de Bretagne avec Charles VIII et Louis XII constitueraient l’illustration d’une volonté d’union mutuelle et perpétuelle. Pourtant, les archives diplomatiques et religieuses de l’époque montrent une réalité toute différente. L’histoire, telle qu’elle s’est déroulée, est au final une invasion militaire, suivie d’une annexion politique dont les rebondissements ont perturbé le sort et l’équilibre de toute l’Europe. Loin d’être le fruit d’une entente, les alliances avec Anne de Bretagne, devenue reine de France à deux reprises, sont au contraire celui d’un piège bien mené. Ce livre passionnant de 800 pages reprend la thèse de doctorat en histoire, initiée en Sorbonne, en 2001, après la soutenance d’un Diplôme d’Études approfondies d’histoire moderne, devant un jury composé de deux membres de l’Institut. Ce travail a exigé 25 années de recherches et a été patronné par l’historien Reynald Secher qui a révélé au monde les atrocités de masse perpétrées en Vendée et en Bretagne par les armées françaises en 1793 et en 1794. « Invasion et annexion : Anne de Bretagne face à la destruction du Duché » de Louis Melennec est publié aux Éditions Yoran Embanner. La Baule+ : Après le succès du « Livre Bleu de la Bretagne », avec plus de 300 000 exemplaires, votre nouvel ouvrage traite de l’annexion de la Bretagne par la France. Vous rappelez que la France a envahi et annexé la Bretagne, qui était indépendante… Louis Mélennec : Oui, les Bretons ne connaissent pas leur histoire. L’histoire des deux nations - la Nation bretonne et la Nation franque, puis la Nation bretonne et la Nation française - est une série de conflits et de guerres, entrecoupés par de rares périodes d’alliances, dont les séquelles subsistent encore par les forteresses construites par les deux pays ennemis pour se défendre l’un de l’autre. Par exemple, du côté breton : Fougères, Vitré, Saint-Aubin-du-Cormier, Rennes, Chateaugiron, Chateaubriand, Ancenis, Clisson, Nantes, Pornic, Guérande… La mort d’Anne de Bretagne - en 1514 - est une date charnière, qui marque la fin de l’indépendance de la Bretagne et son annexion non consentie par la France. Cette héroïne hors norme fut une Sainte et sera peutêtre un jour le symbole mondial des peuples persécutés. La Bretagne médiévale est un État totalement indépendant et souverain jusqu’à la mort d’Anne de Bretagne en 1514. Du point de vue institutionnel, au moment des invasions de 1487 à 1491, la Principauté est en avance de plusieurs siècles sur la France. Elle possède un Souverain, le Duc, couronné à Rennes, un Premier ministre, le Chancelier, un gouvernement - le Conseil ducal -, des ministres - les Conseillers. Le Duc est un arbitre, non un maître tyrannique. Les décisions importantes, contrairement à la France, ne sont pas prises par le Souverain, mais par les États de Bretagne, qui sont un Parlement, comme dans les États démocratiques actuels. Le droit et la fiscalité bretons sont strictement distincts de ceux du pays voisin. La France, au contraire, évolue vers des institutions très centralisées, autoritaires et absolutistes : le Roi commande et ordonne, pille les richesses nationales pour alimenter ses guerres et ses dépenses faramineuses, les sujets obéissent, sous peine de sanctions qui peuvent être gravissimes. La notion de Libertés publiques est inconnue en France, alors que la coutume bretonne, largement inspirée des préceptes chrétiens, contient déjà en germe ce que nous appelons les Droits de l’Homme. C’est un combat permanent entre les Bretons et les Français Vous évoquez la guerre entre 1487 et 1491, et l’historien Reynald Seycher cite le 4 août 1789 comme une date majeure de l’annexion de la Bretagne. Qu’en est-il exactement ? En 1491, la duchesse Anne est mise en situation d’épouser le roi Charles VIII, fils de Louis XI, que j’appelle l’Attila de la Bretagne, sinon elle risque de voir son pays détruit. Les archives sont très détaillées. La duchesse ne veut pas épouser son ennemi majeur, qui a fait tant de misère. Mais elle finit par accepter cela, car c’est le seul moyen de sauver ce qui peut être sauvé. Donc, elle épouse le roi de France Charles VIII en 1491. Elle reste sa femme

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