La Baule+

la baule+ 8 | Décembre 2025 La Baule+ : Certains retiendront de votre livre son titre très provocateur « Ne faites plus d’études », alors que c’est l’inverse, puisque vous nous incitez à nous cultiver davantage. En réalité, les études techniques ne servent plus à grand-chose avec le développement de l’IA. Ce qui va faire la différence, c’est la culture générale… Laurent Alexandre : Effectivement. Avec Olivier Babeau, nous ne disons pas qu’il faut maintenant « glander ». Ce n’est pas une ode à la fainéantise. D’ailleurs, un chapitre du livre titre que l’ère de l’intelligence artificielle n’est pas faite pour les grosses feignasses. Avec l’IA, il n’y a pas de place pour les fainéants, pour les gens qui ne travaillent pas, ou pour les gens qui ne se forment pas. Ce que nous constatons, c’est que les cursus universitaires sont aujourd’hui totalement dépassés et ne forment pas du tout la jeune génération à être complémentaire de l’intelligence artificielle. C’est pour cela que nous écrivons que l’université envoie ses enfants au casse-pipe, parce qu’elle ne s’est pas adaptée à l’intelligence artificielle, ni dans ses méthodes, ni dans ses objectifs de formation. Elle continue à former comme si l’intelligence artificielle n’était pas là. Dans Société > La culture générale devient indispensable Laurent Alexandre : « Il est impossible d’imaginer le futur si l’on n’a pas une bonne culture historique. » Dans un essai choc, Laurent Alexandre et Olivier Babeau font le constat glaçant de l’obsolescence de l’enseignement supérieur face à la percée de l’IA. En effet, pendant des siècles, étudier a constitué le meilleur investissement possible. Ce monde-là est mort. L’intelligence devient gratuite et infiniment disponible. Les études, telles qu’on les connaît, sont devenues contre-productives. « Ne faites plus d’études » n’est pas un pamphlet contre le savoir. Il invite à se préparer à une société où l’apprentissage sera une activité exigeante, permanente et profondément personnelle. Olivier Babeau est professeur d’université et fondateur de l’Institut Sapiens, un laboratoire d’idées dédié à la réflexion sur la place de l’être humain dans le monde technologique qui naît. Chirurgien et énarque, fondateur de Doctissimo et de plusieurs entreprises high-tech, Laurent Alexandre a signé de nombreux ouvrages de référence. Il est spécialiste des révolutions technologiques et de leurs enjeux dans notre société. « Ne faites plus d’études : apprendre autrement à l’ère de l’IA. » de Laurent Alexandre et Olivier Babeau est publié aux Éditions Buchet Chastel. un métier comme le mien, la médecine, c’est particulièrement grotesque aujourd’hui. Il y a les plus malins et les moins malins, les plus courageux et les moins courageux Comment l’humain doit-il se comporter par rapport à l’intelligence artificielle ? Celle-ci nous fait-elle perdre du potentiel intellectuel ? Les études montrent, au contraire, que cela amplifie les écarts. Il y a les plus malins et les moins malins, les plus courageux et les moins courageux. Donc, ceux qui travaillent en se servant de l’intelligence artificielle pour faire mieux voient leurs capacités intellectuelles augmenter. En revanche, ceux qui utilisent l’intelligence artificielle pour glander voient leurs capacités intellectuelles diminuer, c’està-dire qu’ils atrophient un peu leur cerveau. Ce n’est pas une diminution générale des capacités intellectuelles que produit l’intelligence artificielle : c’est une augmentation des écarts entre ceux qui s’augmentent et ceux qui se diminuent. Ainsi, ceux qui s’augmentent sont ceux qui analysent les résultats et qui se relisent… Évidemment. Vous avez aussi un nouveau mode d’utilisation de ChatGPT aujourd’hui. Vous pouvez paramétrer ChatGPT dans le mode étudier et apprendre, dans lequel ChatGPT ne vous donne pas le résultat, mais vous explique pas à pas comment trouver le résultat. C’est un mode éducatif et très pédagogue. L’intelligence artificielle nous aide dans tous les domaines, y compris dans le développement informatique, puisque l’on n’a plus besoin de maîtriser le code. Toutefois, avoir quelques connaissances en MS-DOS, par exemple, n’est peut-être pas inutile, parce que cela permet de comprendre l’informatique, de la même manière que le fait d’avoir quelques notions de latin permet de mieux comprendre notre langue… Qu’en pensez-vous ? Il faut quelques spécialistes du MS-DOS, bien entendu, pour assurer la maintenance du noyau de Windows, qui comporte encore une partie de code. Globalement, la plupart des gens n’ont plus besoin d’apprendre à coder l’informatique. Ce qui est le plus important, c’est d’être capable d’être un chorégraphe, un architecte, de l’intelligence artificielle. Il faut savoir orchestrer l’intelligence artificielle : c’est ce qu’il y a de plus important. Il faut savoir quelle intelligence artificielle utiliser, comment l’utiliser, savoir la repousser dans ses retranchements... Vous consacrez un chapitre à la nécessité d’apprendre toute sa vie. Or 99 % des lecteurs vont penser à la formation continue, alors qu’il ne s’agit pas de cela… C’est l’une des difficultés que la nouvelle génération va rencontrer. Une étude de l’OCDE montre que la durée de vie d’un savoir-faire professionnel est passée de trente ans, il y a quarante ans, à deux ans aujourd’hui. Un savoir professionnel dure de moins en moins longtemps. Finalement, la durée d’une compétence est plus faible que la durée d’un cursus universitaire aujourd’hui et c’est bien tout le problème. Il faut un rythme totalement nouveau pour l’université. Il faut que le système éducatif s’adapte à une durée de vie très courte des savoirs et des compétences professionnelles. Donc, deux ans après être sorti du système éducatif, tout ce que l’on a appris serait déjà dépassé… Pour une grande partie, oui. L’université n’a pas commencé sa transformation et à réfléchir à son organisation à l’ère de l’intelligence artificielle. Prenons un cas pratique, celui de la médecine. ChatGPT est aujourd’hui bien meilleur que les médecins pour faire un diagnostic. ChatGPT est quatre fois meilleur qu’un médecin ! Le plus grave n’est pas là. En réalité, ChatGPT et un médecin feront moins bien un diagnostic que ChatGPT seul... Toutes les études le prouvent. On voit que l’université n’est pas adaptée. En médecine, l’université produit des médecins qui dégradent les performances de l’intelligence artificielle. Donc, il y a un problème. Nous conseillons aux parents de faire lire des livres d’histoire aux jeunes Vous évoquez la nécessité d’avoir une forte culture générale. Quelle est votre définition de la culture générale ? Lire les humanités, l’histoire, la connaissance du monde… On considère que c’est le point le plus important pour la jeune génération, parce que le futur va beaucoup bouger, la technologie va sans cesse évoluer et, pour trouver sa place dans un monde où la technologie galope, il faut être capable d’imaginer le futur. Or, il est impossible d’imaginer le futur si l’on n’a pas une bonne culture historique. C’est la culture historique qui permet d’imaginer les futurs possibles et de se positionner en anticipant. Nous insistons beaucoup sur la culture générale et l’histoire, et nous conseillons aux parents de faire lire des livres d’histoire aux jeunes. Certains parents vont sans doute vous rétorquer qu’il n’est peutêtre pas très utile d’apprendre l’histoire de la colonisation, l’histoire des relations entre

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