La Baule+

la baule+ 20 | Décembre 2025 Histoire > La romancière se met dans la peau de Lady Diana… Christine Orban : « Diana avait plus envie d’être aimée que d’être reine. » Dans « Mademoiselle Spencer », son 25e livre, Christine Orban devient la princesse et signe un journal intime rédigé à la première personne. Presque trente ans après sa mort, l’icône continue de fasciner. Christine Orban imagine une Diana guidée par le besoin d’amour et de vérité, et dresse le portrait de la femme qu’elle aurait pu être aujourd’hui. « Mademoiselle Spencer » de Christine Orban est publié chez Albin Michel. La Baule+ : Pourquoi publier cette biographie sur Lady Diana en 2025, alors que ce n’est pas une année particulière par rapport à sa naissance ou à son décès ? Christine Orban : Je ne pense jamais à un anniversaire. C’est un rendez-vous, comme si elle m’avait choisie. Je l’ai choisie aussi et c’est un face-à-face entre elle et moi. Un jour, je suis allée voir « Mademoiselle Else» au théâtre et j’ai eu l’idée d’écrire « Mademoiselle Spencer » parce qu’elle a le destin d’une héroïne de roman. C’est comme l’héroïne de Schnitzler, la main du destin s’est abattue sur elle. Quand on regarde sa vie, on comprend qu’elle ne pouvait plus en sortir. Toutes les décisions qu’elle prend l’amènent droit dans le mur. J’ai déjà été fascinée par Marie-Antoinette, une femme qui avait la main du destin sur elle, et par toutes ces héroïnes qui sont mortes jeunes. J’ai besoin de continuer leur vie, comme s’il s’agissait de rétablir une justice. J’ai besoin de continuer à montrer cette vérité qu’elle voulait exposer, notamment en allant sur le plateau de la BBC. Diana ne supportait pas de vivre dans le mensonge, notamment à travers ces photos de cartes postales. Elle a voulu dire sa vérité en donnant un grand coup de pied dans tout ce qui était établi. Comme c’était un mariage arrangé et comme le prince Charles ne l’aimait pas, elle s’est tournée naturellement vers le public Vous faites un parallèle avec Marie-Antoinette en rappelant cette citation, finalement fausse, qui lui avait été attribuée sur le fait que ceux qui n’ont plus de pain peuvent toujours manger de la brioche… Évidemment, c’était faux. J’ai travaillé sur Marie-Antoinette et, malheureusement, cette rumeur a sûrement précipité la haine à son égard. Diana a également été victime de rumeurs. Par exemple, on a dit qu’elle avait manipulé la presse. En étudiant ce dossier, j’ai découvert que comme c’était un mariage arrangé et comme le prince Charles ne l’aimait pas, elle s’est tournée naturellement vers le public et la presse, parce que c’est là où elle recevait de l’amour. Elle a très vite fait de l’ombre à Charles et a évidemment augmenté sa jalousie et son agacement. Elle pense que Charles n’est pas capable d’être roi... Il y a peut-être plus de points communs entre Marie-Antoinette et Diana qu’avec le personnage de « Mademoiselle Else » dont vous vous êtes inspirée ? Non. Comme beaucoup, vous pensez qu’un personnage de la vie réelle ne peut pas avoir de points communs avec un personnage de la vie imaginaire. Diana est un personnage de roman et les deux fins se ressemblent, puisque les deux femmes terminent par un striptease: « Mademoiselle Else» va finir sa vie à cause d’un strip-tease de son corps, pour obtenir de l’argent pour son père, et Diana se livre à un strip-tease de son âme. La mort de sa vie maritale, c’est cette interview à la BBC et c’est aussi la mort de sa vie sociale. Elle se déshabille littéralement. Elle dit sa vérité et, comme disait Victor Hugo, la vérité, c’est comme le soleil : elle brûle lorsque l’on s’en approche de trop près. Elle montre tout ce que la bienséance d’une famille royale cache, c’est-à-dire qu’elle a un amant qu’elle adore, qu’elle pense que Charles n’est pas capable d’être roi... C’est la vengeance à l’état pur. C’est émouvant, parce que c’est presque la vérité d’un enfant qui veut dire les choses. Diana avait plus envie d’être aimée que d’être reine. Il y a eu beaucoup de fictions sur le thème de « Mademoiselle Else»: un couple a de gros problèmes, quelqu’un propose de donner beaucoup d’argent en contrepartie d’une nuit avec la femme… Jusqu’où peut-on aller ? C’est toute la problématique de Schnitzler et de son héroïne. Vaut-il mieux sauver l’honneur de son père, quitte à perdre le sien ? Elle choisit

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