la baule+ Décembre 2025 | 15 Vous évoquez évidemment la grande affaire du Temple solaire. Ce qui est incroyable, c’est que le gourou avait séduit tout le gratin de la société… Cela veut dire que les charlatans d’idées, et nous en avons aujourd’hui, peuvent tromper n’importe qui. On peut être polytechnicien et se laisser embarquer. On peut être médecin et se laisser raconter n’importe quelle histoire. Personne n’est à l’abri du processus sectaire. Rien ne protège réellement de la manœuvre sectaire, des manipulateurs, des astrologues fictifs, des tricheurs ou des menteurs. L’époque le montre bien, notamment quand on porte au pouvoir le plus charlatan ! Je n’arrive pas à trouver une vérité entre deux versions. On pourrait considérer que ce ne sont que des charlatans et des clowns : or, ensuite, ceux qui s’en sont sortis ont dû subir des rites de désenvoûtement de la part de l’Église catholique. L’autre approche pourrait être de penser que ces gens incarnaient une secte réellement satanique… C’est un fil conducteur que je ne souligne pas, parce que je ne veux pas forcer le trait, mais tous ceux qui savent lire peuvent le comprendre. Je crois en la présence maléfique. Je suis persuadé qu’il y a un long cordon du mal qui se déroule dans des existences maléfiques. L’un des fondateurs du Temple solaire, Di Mambro, était originaire de Pont-Saint-Esprit et il avait connu les fameuses journées délirantes et folles de PontSaint-Esprit, lorsque la ville a été possédée par le diable. On a su par la suite que c’était dû à une intoxication alimentaire, mais il y a eu des scènes diaboliques dans la ville et Di Mambro avait à l’époque une douzaine d’années. Je rappelle que cela s’est passé au début des années 50, avec des gens qui sont descendus dans la rue pour invoquer le diable, des femmes et des hommes qui se masturbaient, d’autres qui se défenestraient. C’était apocalyptique… Exactement. C’étaient des scènes diaboliques. Ce qui est extraordinaire, c’est que l’enfant qui a vécu ces scènes devienne plus tard l’inventeur du Temple solaire et le co-organisateur des suicides collectifs. Vous rappelez que l’on a su plus tard que c’était une intoxication alimentaire qui avait touché la ville. Un scientifique dirait simplement qu’ils sont devenus fous à cause de ce pain avarié. Mais cela n’exclut pas la théorie que le diable soit derrière le mystère de cette intoxication générale… Sous l’apparence de la raison, peut exister la déraison. L’erreur que nous commettons toujours, c’est de croire qu’à partir d’une explication scientifique, on s’est débarrassé des explications qui ne le sont pas. C’est une aberration. Ce n’est pas parce qu’il y a une explication scientifique qu’il n’y a pas quelque chose d’autre qui existe et qui serait d’un autre ordre. Avez-vous évolué sur cette interprétation au fil du temps ? Oui. Quand j’étais plus jeune, je ne me rendais absolument pas compte de cela. Il faut beaucoup de recul, beaucoup d’expériences, pour arriver à comprendre qu’il y a des choses cachées. Le crime nous dit beaucoup plus que ce que le crime nous dit. Malheureusement, on est incapable aujourd’hui, encore moins qu’hier, d’entrer dans l’incroyable mystère insondable du crime. On juge l’affaire Jubillar ou la meurtrière de Lola, mais la justice n’est que de la comptabilité, on n’aura pas compris pour autant. (Suite page 16)
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