la baule+ 14 | Décembre 2025 JUSTICE > Ténor du barreau, homme politique et amoureux du droit… Gilbert Collard : « Je crois en la présence maléfique. » Gilbert Collard a longtemps été l’un des avocats les plus médiatiques de France et il a été impliqué dans de grandes affaires criminelles ces cinquante dernières années. Dans son dernier livre, il revient sur les coulisses parfois cocasses, parfois dramatiques, de plusieurs procès retentissants dans lesquels il a joué un rôle crucial. Son analyse nous permet aussi de nous interroger sur la justice et son rôle dans l’histoire. En tant qu’avocat, il a plaidé dans des affaires médiatiques (Christian Ranucci, Carlos, AZF, Roaccutan, VA-OM, Arche de Zoé, Xynthia...) et il a défendu des personnalités comme Laurent Gbagbo, Charles Pasqua ou Richard Virenque. Engagé à gauche à partir des années 1960, il est tête de liste centre droit aux élections municipales de 2001 et de 2008 à Vichy. Lors de la campagne présidentielle de 2012, il préside le comité de soutien de Marine Le Pen. À l’issue des élections législatives de 2012, il est élu député dans la 2e circonscription du Gard. Il est élu député européen aux élections européennes de 2019. En 2022, il quitte le Rassemblement national pour rejoindre Éric Zemmour. « Indéfendables mémoires » de Gilbert Collard est publié chez Mareuil Éditions. La Baule+ : Vous commencez votre livre en rappelant que « ni les hommes ni les actes n’avouent jamais tout » et vous le terminez en expliquant que « tout évolue, tout change, d’abord la loi, donc il ne faut jamais conclure. » La justice de l’homme n’estelle qu’une pièce de théâtre avec un décor qui évoluerait sans cesse ? Gilbert Collard : Si l’on fait de l’histoire judiciaire, on est bien obligé de l’admettre. La justice d’aujourd’hui, dans son apparence, n’est pas la justice d’hier. Mais la question angoissante qu’il faudrait se poser est de savoir si les juges d’aujourd’hui sont différents des juges d’hier. Je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est qu’il leur manque la transcendance. Ils sont bien seuls à juger et ils font cela sans aucune transcendance, ni de la loi ni d’une aspiration supérieure. Nous sommes dans l’ère du matérialisme judiciaire. Je ne pense pas que cela soit mieux. Je préférais l’époque où le juge avait le sentiment de ne pas faire un métier, mais d’accomplir une mission. Dans l’Évangile, le Christ n’est pas tendre avec les juges Cela signifie-t-il qu’au moment de son jugement, le juge peut parfois se demander ce que Dieu en pensera ? J’ai dit cela à plusieurs juges ! J’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes charmantes, d’anciens présidents de cours d’assises ou de tribunaux correctionnels. On a toujours de très bonnes relations avec les magistrats à la retraite quand on est retiré des affaires... S’il y a un juge suprême, il est difficile d’être juge, car on n’est jamais certain de ne pas se tromper. Dans l’Évangile, le Christ n’est pas tendre avec les juges. Vous racontez vos débuts d’avocat à Marseille où, pour trouver vos premiers clients, vous deviez aller dans les bas-fonds de la ville et dans les bars à prostituées… La génération des pénalistes doit bien faire cela, évidemment sans se compromettre, mais on se retrouvait avec des magistrats et des journalistes. Il fallait aller chercher les clients dans les boîtes de nuit. Ce n’était pas désagréable, c’était une vie à la Kessel... C’est vrai, les boîtes de nuit et les restaurants étaient des endroits où il fallait aller chercher le client. Il y a aussi beaucoup d’humour. Un jour, vous rencontrez un malfrat qui maquille une moto volée et vous lui dites : « Êtes-vous bien conscient que vous êtes en train de maquiller une moto volée ? » Le gars vous répond tranquillement : «Il vaut mieux la maquiller pour qu’on ne la reconnaisse pas… » La fiction est pauvre par rapport à la réalité. La réalité est bien plus inventive, plus ironique et plus tragique que la fiction. Vous avez défendu de grands voyous et lorsque vous revenez sur vos rencontres, on s’aperçoit qu’il y a toujours quelque chose d’humain derrière : par exemple, il y a ce capitaine de bateau qui convoie de la drogue vers les États-Unis. Or, en réalité, il est seulement passionné par la mer et vous écrivez qu’il aurait transporté des esclaves de la même façon. Lui,, il voulait simplement naviguer… Vous faites allusion à ce grand transporteur de drogue, qui avait un nom prédestiné. La psychanalyse des noms a son intérêt, puisqu’il s’appelait Boucan... Pour un commandant de bateau, s’appeler Boucan, c’est le signe que l’on est un vrai boucanier. Il était prêt à tout faire pour simplement naviguer. Il aurait vendu son père ou sa mère pour naviguer. Ce n’est pas une excuse, mais c’est simplement une explication. Il avait un besoin essentiel de naviguer. Puisque vous évoquez la psychanalyse des noms, quand on s’appelle Collard, on est destiné à être en colère… Collard, cela veut dire colère, effectivement, c’est bien, cela maintient en forme ! Secte du Temple Solaire : « Rien ne protège réellement de la manœuvre sectaire, des manipulateurs, des astrologues fictifs, des tricheurs ou des menteurs. »
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