La Baule+

la baule+ 6 | Avril 2025 La Baule+ : Vous rappelez cette légende indienne sur le cheval mort. Cependant, personne ne veut l’admettre : est-ce ce qui caractérise la situation de notre pays ? Charles Sannat : Le cheval est mort. On sait qu’il est mort, mais on ne veut pas le reconnaître. C’est une histoire qui vient des Indiens du Dakota qui disent que la meilleure manière d’annoncer que son cheval est mort, c’est tout simplement d’en changer. Dans cette métaphore, on va plus loin: on accuse le cavalier et on change de cavalier, alors que le cheval est toujours mort. Concrètement, on avait Élisabeth Borne, puis Michel Barnier et maintenant François Bayrou. Mais peu importe, la structure étatique est la même, avec le même taux d’endettement et les mêmes contraintes normatives de l’Union européenne. On demande à ces gens de monter sur un cheval mort en continuant à faire semblant. On va même faire des réunions pour savoir comment réanimer un cheval mort et c’est exactement ce qui se passe avec le conclave sur les retraites. On fait une réunion avec tous les partenaires sociaux. Cela fait quarante ans que cela dure, mais il ne se passera rien, puisque le système est mort. Personne ne veut reconnaître cela, car si l’on reconnaît que le cheval est mort, les implications seront effroyables. Pourtant, il faut affronter la réalité en face en acceptant de passer à la caisse. Personne ne veut être celui qui sera dans l’obligation d’officialiser que le cheval est mort, à savoir que le système d’État-providence dans lequel nous sommes n’est plus viable. Nous assistons à un immense effondrement Lemomentdecetteofficialisationest-il imminent ? Charles Sannat : « Si l’on reconnaît que le cheval est mort, les implications seront effroyables. » Charles Sannat est économiste et il dirige notamment le site Insolentiae. Il analyse la situation économique en s’inspirant d’un vieux conte indien où le cheval est mort. On refuse de l’admettre, on continue de demander à un autre cavalier de monter dessus, toutefois cela ne change rien. Selon lui, c’est en fait la situation dans laquelle se trouve la France. Économie ► Le cheval est mort. On continue de changer de cavalier, mais cela ne change rien… On s’en rapproche forcément chaque jour un peu plus, avec une économie à l’arrêt, des déficits publics que l’on n’arrive plus à redresser et un niveau de fiscalité qui le plus élevé de l’OCDE. Même nos raisonnements prêtent à sourire. Regardez le dernier débat sur le fait de taxer les retraités aisés. En réalité, ce n’est pas de cette manière qu’il faut poser le débat. Faut-il taxer les retraités aisés pour pouvoir payer les retraites ? Si je pose le débat ainsi, on comprend tout de suite que cela n’a pas de sens. Nous sommes à un stade où les décisions qui sont prises par ceux qui nous dirigent deviennent totalement absurdes, parce que le système en lui-même est devenu totalement absurde. Nous assistons à un immense effondrement. Au départ, c’est toujours lent, parce qu’il y a de l’inertie, des forces de rappel, des choses qui peuvent tourner un peu toutes seules. Mais, petit à petit, à force de tout réduire, on découvre que la SNCF ne sait plus faire rouler des trains dès qu’il y a un peu trop de vent, que l’Éducation nationale ne sait plus apprendre à lire, écrire et compter à nos gamins, que le courrier n’est plus distribué... Et je ne vous parle même pas des hôpitaux. Dans ce contexte, comme le système de soins s’effondre, on nous explique qu’il faut forcer la vaccination, même si cela amène des décisions complètement stupides. Par exemple, on a forcé les professionnels de santé à se vacciner, alors qu’ils ont la culture de l’immunité naturelle. Nous sommes dans un système qui devient complètement fou, parce qu’en réalité il est complètement mort. Malgré tous les milliards qui sont prélevés chaque année sur l’activité économique, nous n’avons plus aucun service public qui soit à la hauteur. Les retraités peuvent répondre qu’ils ont cotisé toute leur vie, ils ont tout à fait raison, mais ce n’est pas le sujet Beaucoup de gens se moquent de ce qui peut arriver, parce qu’ils ne se sentent pas concernés. Pensez-vous que c’est une question de mois, d’années ou de décennies ? Je peine à imaginer que l’on puisse tenir encore pendant des décennies. Aujourd’hui, on est en train d’imaginer de nouvelles taxes pour continuer de payer l’activité de ceux qui n’ont jamais commencé à travailler. À un moment donné, quand on analyse la situation, on voit tous les points de blocage et l’on se dit que l’on ne va pas pouvoir tenir pendant des années. Les derniers chiffres du chômage sont désastreux, et nous connaissons la plus forte hausse depuis les dix dernières années. La France est en récession depuis plusieurs mois, ce qui signifie une augmentation importante des dépenses sociales, mais aussi une baisse

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