la baule+ 24 | Avril 2025 Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même et, aujourd’hui, j’agirais certainement très différemment. Je me suis concentré sur les opérations, sans vraiment faire attention à la politique au niveau du conseil d’administration. J’explique dans le livre le piège qui m’a été tendu, ce qui m’a amené à quitter brutalement Altran. Et je suis tombé de l’échelle à 44 ans. L’autre partie du livre traite des difficultés que peuvent rencontrer les hauts cadres dirigeants, notamment dans leur reconversion, car on s’aperçoit que ce n’est pas aussi simple… L’univers des possibles est très large quand on quitte le monde corporate. On peut retourner dans l’entreprise, on redevient l’homme d’un système, mais vous pouvez aussi faire du conseil, rejoindre des conseils d’administration, vous pouvez investir dans des start-up, reprendre une PME… Ce qui est important, c’est la préparation. J’explique à quel point on peut parfois surestimer ses compétences quand on est dans une grande entreprise et sa capacité à s’adapter dans un environnement plus entrepreneurial. Par exemple, sur le rapport à la prise de décision, quand vous êtes dans une grande entreprise, vous faites une étude de cas, vous remplissez un mémo, il y a un long processus, et ensuite une décision est partagée. Le patron d’une PME peut prendre ses décisions immédiatement. Il faut mesurer cette solitude du dirigeant et ce rapport à la prise de décision. Pour illustrer ce que vous dites, prenons l’exemple de la radio. Quand le groupe RTL a voulu créer une autre radio musicale, comme RTL 2, ils ont fait des études, des panels, ils ont fait appel à des consultants et la décision a été très longue… À l’inverse, lorsque Jean-Paul Baudecroux, propriétaire du groupe NRJ, est sorti d’un déjeuner avec Olivier de Kersauson qui lui suggérait de créer une radio comique, il a décidé pratiquement dans l’après-midi de lancer Rires et Chansons… Il y a d’abord la formidable intuition de l’entrepreneur et c’est un formidable exemple que vous citez. Dans un grand groupe, on aurait sans doute mis un an pour prendre une décision. L’autre face de la même pièce, c’est qu’un entrepreneur qui est capable de prendre une décision en quelques heures, cela peut parfois devenir ingérable, parce que j’ai connu d’autres entreprises où il y avait des ordres et des contre-ordres. Le dirigeant idéal, c’est celui qui incarne des qualités d’entrepreneur, de fondateur, d’intuition et de vision, tout en étant capable de connaître ses limites et de pouvoir s’entourer d’un certain nombre de personnes susceptibles de mettre en place des processus. On va devoir forcément alléger toutes ces règles sur les entreprises européennes. Maintenant, il y a ces notions d’ESG de CSRD, de C3SD... Ce sont des machines infernales et technocratiques qui vont forcément paralyser le dynamisme de nos grandes entreprises européennes, alors que dans le monde entier elles jettent tout cela à la poubelle pour devenir beaucoup plus agiles… C’est une transformation du monde, il y a eu la mondialisation, on pensait tous que la seule guerre serait économique dans un monde ouvert et sans frontières. Tout cela est en train d’exploser, surtout depuis que notre allié historique américain Christophe Aulnette : « Il ne faut pas attaquer les géants sur le business sur lequel ils sont ultraprofitables.» se considère davantage à la tête d’un empire avec des vassaux, plutôt qu’avec des alliés. L’environnement normatif ne peut fonctionner que s’il est partagé globalement. On va devoir forcément alléger toutes ces règles sur les entreprises européennes. L’investissement dans les start-up est très difficile Aujourd’hui, vous investissez dans des startup et vous présentez votre filtre d’analyse. Vous rejetez tout affrontement direct avec des géants qui ont des puissances de financement énorme et qui sont dans le même métier que celui de l’entrepreneur… Je mets en garde sur le fait que l’investissement dans les start-up est très difficile. Le taux de mortalité est élevé et l’aléa est énorme. Donc, il faut accepter un risque important dans son investissement. Aux États-Unis, la dérégulation est massive, donc il faut éviter de mettre de l’argent public dans des Qwant ou des concurrents de Google, car c’est une erreur que de concurrencer les grands acteurs sur leur business central. Il faut développer des produits complémentaires ou anticiper les vagues suivantes. Par exemple, sur les modèles de langage, faut-il concurrencer Chat GPT ? On pourrait mettre le paquet sur l’IA agentique, où il y a incontestablement une place à prendre… Ce sont ces petits agents informatiques qui vont remplacer les logiciels. C’est une énorme opportunité pour la France. L’histoire de l’informatique, c’est d’abord des communautés. Les modèles de langage se nourrissent tous des mêmes données, donc, tôt ou tard, cela va converger et leur valeur descendra. On aura ces outils de façon quasi gratuite. La valeur ajoutée sera d’utiliser cette puissance au service des entreprises et des consommateurs. S’il ne faut pas affronter directement des géants du secteur, personne n’aurait osé se confronter à La Redoute sur le commerce en ligne... Ce n’est pas contradictoire. Il ne faut pas attaquer les géants sur le business sur lequel ils sont ultraprofitables et dominants aujourd’hui. Il faut anticiper les vagues suivantes. Justement, si la future vague c’est le quantique, peut-être faut-il investir sur le quantique, parce que peut-être que Microsoft, Google ou Amazon, aveuglés par leur succès, ne verront pas cette nouvelle vague arriver. Ce qui tue les géants, c’est lorsqu’ils sont tellement sûrs de leur position monopolistique, ils ne voient plus arriver les nouvelles vagues. Par exemple, Microsoft a totalement raté la révolution du mobile en sachant se réinventer formidablement dans le cloud. Propos recueillis par Yannick Urrien. Christophe Aulnette présentera son livre samedi 12 avril à 11h à la librairie Lajarrige à La Baule. Le 3 mars dernier, Michèle Quellard, maire du Croisic, a invité les entrepreneurs locaux pour la deuxième édition de la soirée d’accueil des nouveaux acteurs économiques. Une belle occasion pour elle de saluer leur travail et leur implication dans la vie économique de la commune. La maire a souligné à quel point ces chefs d’entreprises jouent un rôle clé dans la création d’emplois et renforcent l’attractivité du Croisic par leurs activités variées. Chacun des participants a eu l’opportunité de présenter son activité et d’expliquer pourquoi ils avaient choisi de s’installer au Croisic. Parmi les interventions remarquées, celle de Thibaut Bechetoille, ancien président du réseau Croissance Plus, qui a rappelé combien l’accompagnement et le financement des entreprises sont essentiels à leur développement. Un autre chef d’entreprise a exprimé une préoccupation très actuelle : comment attirer et fidéliser les salariés ? Pour lui, la clé est d’instaurer un climat de confiance au sein des entreprises, dans un contexte où la société devient de plus en plus stressante. Enfin, le docteur Charlotte Mathivat a conclu la soirée avec enthousiasme en évoquant son plaisir de travailler au Croisic, où elle exerce avec quatre autres médecins dans la maison médicale de la commune. Le Croisic célèbre ses entrepreneurs
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