la baule+ 10 | Avril 2025 La Baule+ : On a parfois la caricature de l’agent secret qui a un double jeu en étant prostituée, postière ou femme de chambre. Or, nos espionnes modernes peuvent être des photographes ou des professeurs, et ce sont davantage des infiltrées… Marie-Laure Buisson: Pendant des siècles, les femmes ont toujours été utilisées par le pouvoir en place pour être des espionnes. Mais ce n’étaient pas des espionnes de formation. Elles étaient à tel endroit, à tel moment, et elles intéressaient en tant qu’infiltrées pour recueillir des secrets et voler des documents. C’est ainsi que le cardinal de Richelieu mettait systématiquement des espionnes auprès de la reine Anne d’Autriche, ou que la Résistance utilisait systématiquement des femmes pour s’approcher des cabarets fréquentés Marie-Laure Buisson : « Personne ne peut se méfier d’une jeune femme qui pousse un berceau avec un bébé. » Les Français se passionnent pour les questions de défense et d’espionnage. Le dernier ouvrage de Marie-Laure Buisson a figuré en tête des ventes sur Amazon pendant plusieurs semaines. Elle relate l’histoire de six femmes au destin hors du commun qui ont été espionnes. Marie-Laure Buisson revient sur quelques grandes histoires connues, mais aussi inconnues, puisque, comme elle l’explique : « J’ai eu accès à la DGSI et la DGSE qui m’ont ouvert leurs portes pour rencontrer de vraies espionnes. C’est unique et c’est la raison pour laquelle ce livre a tant de succès. » Marie-Laure Buisson a été avocate d’affaires. Elle a travaillé au Parlement européen et elle a également été déléguée générale adjointe de la fondation Veolia Environnement. Attirée par l’armée et ses valeurs, elle devient en 2011 auditrice à l’Institut des hautes études de Défense nationale, où elle découvre la Légion étrangère. Elle est aujourd’hui légionnaire d’honneur de 1re Classe, colonel de la réserve citoyenne de l’Armée de l’air et marraine du 4e Régiment étranger. « Espionnes. Six agents secrets d’exception » de Marie-Laure Buisson est publié aux Presses de la Cité. Espionnage ► Pourquoi les femmes sont des espionnes hors du commun par la Gestapo ou la Wehrmacht. C’était la femme que l’on utilisait à l’occasion. De nos jours, les femmes sont de véritables agents secrets. Elles se forment pour cela et elles sont recrutées par les grandes agences de renseignement pour exercer un métier en raison de leurs compétences particulières, comme la connaissance d’une langue rare, la maîtrise de l’analyse d’images satellites, des connaissances techniques sur le nucléaire ou les mélanges chimiques. Ceux qui ont une très haute idée de la femme espionne sont les Israéliens Vous soulignez que les femmes ont de meilleures capacités d’analyse que les hommes… Les hommes et les femmes sont de parfaits espions, quand ils sont bien formés, mais l’espionnage ne se fait pas de la même manière. Ceux qui ont une très haute idée de la femme espionne sont les Israéliens. Ce sont les maîtres en la matière et ils considèrent qu’il y a un avantage substantiel à utiliser les services des femmes espionnes, notamment parce qu’ils sont dans une régiondu monde où la mentalité locale des pays qui les entourent a tendance à sous-estimer le rôle des femmes. Dans ce contexte, il est intéressant d’utiliser des agents auxquels on ne fait pas attention et que l’on considère comme inefficaces, voire comme des sous-citoyens. Sylvia est l’une des plus grandes espionnes qu’Israël ait jamais connues Vous racontez l’histoire de Sylvia qui est recrutée par le Mossad… Sylvia est l’une des plus grandes espionnes qu’Israël ait jamais connues. Son père était juif, mais sa mère était issue d’une famille de colons hollandais qui avaient fui les persécutions en Europe du Nord au XVIIIe siècle et elle avait été élevée comme une petite protestante en Afrique du Sud. Un jour, lors d’un séjour en Israël, elle est recrutée par le Mossad qui comprend tout l’intérêt à utiliser les services de cette belle et grande femme qui parle plusieurs langues couramment, qui n’est pas israélienne et qui est bourrée de talent. Très rapidement, elle est mise sous légende. On lui recrée une nouvelle identité en lui demandant de ne plus être professeur d’anglais, mais d’aller au Canada en s’appelant Patricia et en devenant une photographe professionnelle. Elle est devenue une très grande photographe, dont les clichés ont été vendus aux plus grands journaux de la planète, en intégrant une grande agence parisienne. Et cette couverture de photographe people lui a permis de se balader un peu partout. Elle va devenir une confidente et une grande amie de nombreux souverains et présidents de l’époque, notamment le roi Hussein de Jordanie qui lui fera faire tous les portraits de famille de ses enfants. Elle devient même une proche du Shah d’Iran et de bien d’autres. On revient toujours sur le fait que lorsque l’on veut cacher quelque chose de manière efficace, il faut le mettre en évidence : donc, elle est photographe et elle fait des photos partout… Personne au monde ne se doute que cette grande femme très belle, qui imite
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2