La Baule+

la baule+ 20 | Septembre 2024 C’est un terrain différent. La situation actuelle de la transidentité n’a rien à voir avec cela, notamment avec ce qui se passe chez les enfants. Il y a quelques années, c’était vraiment un problème qui concernait les garçons qui se sentaient mal dans leur identité, donc ils recherchaient un aspect extérieur plus féminin. Actuellement, c’est l’inverse et beaucoup de jeunes femmes ne se sentent pas bien dans leur corps de femme, elles veulent se faire enlever les seins. Mais ce n’est pas biologique. C’est surtout une influence culturelle. Il faut savoir que c’est un très grand changement que de passer de l’état d’enfant à un corps de femme. Le regard des autres change, cela peut être terrifiant. Alors, il y a tout un réseau de gens qui font de l’influence, en disant que c’est pratique de se faire enlever les seins... Mais on plonge ces jeunes dans une très grande souffrance. Toute personne qui va faire de la chirurgie, ou qui va prendre des médicaments, pour changer d’aspect, va perdre sa fertilité et va être obligée de se soigner toute sa vie. Dès que l’on s’arrête, la force revient, puisque l’on n’a pas changé de chromosomes. Une verge et des testicules, cela ne fait pas un vagin et un utérus, ni l’inverse. Donc, il faut parler franchement, afin que les gens qui font cela le fassent en connaissance de cause. Malheureusement, on ne gère pas les choses de manière scientifique, mais de manière émotionnelle. J’ai essayé de trouver ce qui démarque les hommes et les femmes en lisant votre livre. Or il y a cette réflexion que l’on entend souvent formuler chez les femmes à propos des hommes: «Il est incapable de faire plusieurs choses en même temps ! » Est-ce cela la différence ? Oui, c’est très joli, c’est assez extraordinaire. Le cerveau de la femme est une sorte de grande salle où il y a à la fois place pour les émotions et pour la rationalité. Chez l’homme, il y a plutôt deux pièces séparées, une pour les émotions et une pour le rationnel. Ce qui fait que la femme, comme on dit en Afrique, a mille mains. Elle peut penser à son fils qui est en train d’arriver à l’école, tout en assurant sa tâche au travail. Lorsqu’un homme est au boulot, il est au boulot, il va avoir du mal à penser à téléphoner à sa femme.. Ce n’est pas un manque de capacité de l’homme. Si l’on rend inactif le chromosome Y de l’homme dans le ventre de sa maman, il va évoluer comme une femme. La masculinité protège l’homme contre un trop grand contact entre les émotions et le rationnel. La nature a prévu cette complémentarité entre des gens qui font mille choses à la fois et des gens qui se concentrent sur un aspect des choses. Jusqu’à la puberté, les garçons sont plus fragiles que les filles Vous avez aussi découvert que lorsque la maman subit une agression pendant sa grossesse, les répercussions sont plus fortes si le fœtus est un garçon : comment peut-on expliquer cela ? Le stress entraîne une grande quantité de cortisol. Cela bloque la sécrétion de testostérone chez le petit garçon, donc il manque de testostérone pendant cette période de stress et cela le fragilise. Donc, on a un peu plus de mortalité néonatale et le petit aura un peu plus de mal à grandir les premiers temps de sa vie. Le stress de la maman, les agressions subies par la maman, vont faire que les petits garçons n’auront pas le meilleur climat pour se développer. À l’inverse, les petites filles sont plus robustes, car le cortisol ne modifie pas l’activité hormonale. Au contraire, au moment de l’adolescence, les filles deviennent plus fragiles que les garçons. Jusqu’à la puberté, les garçons sont plus fragiles que les filles et, après, c’est l’inverse. On est vraiment très différent, mais il faut prendre soin des mamans, que ce soit un petit garçon ou une petite fille, parce que le cerveau se sculpte au moment de la grossesse, dès le ventre maternel. Finalement, le rôle de l’homme, dans la nature biologique, c’est de prendre soin de la famille et de la société, pendant que la maman donne la vie. Propos recueillis par Yannick Urrien. René Écochard : « La masculinité protège l’homme contre un trop grand contact entre les émotions et le rationnel. » Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière Le comte est bon En cette rentrée, les films qui ont la faveur du public sont les adaptations, plus ou moins fidèles, de chefs d’œuvre de notre littérature que certains qualifieraient de populaire, Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo. Deux romans foisonnants que nous devons à l’imagination, à la verve et à l’abattage de l’excellent Alexandre Dumas, fortement aidé, à ce qu’il paraît, par des seconds couteaux, tel Auguste Maquet, qui, s’ils ne donnèrent pas eux-mêmes d’œuvres originales impérissables, n’en connaissaient pas moins à la perfection leur métier de raconteur d’histoires. Or, c’est parfois ce qui semble manquer à certains auteurs d’aujourd’hui qui ont pourtant la faveur du microcosme germanopratin régnant sur la critique littéraire de référence. Chez Dumas et consorts, on a toujours le triptyque magique qui pousse inexorablement le lecteur à tourner les pages. Ce triptyque est double. Un début, un milieu, une fin, voilà pour la construction. Pour le fond, on connaît la formule, malicieuse mais fort juste : « Pour qu’une fiction marche, il faut trois choses : d’abord une bonne histoire, ensuite une bonne histoire, enfin une bonne histoire. » Chez Dumas, on a tout cela. Bon poids, qui plus est. Et sans doute est-ce aussi ce qui explique que le public, encore aujourd’hui, accueille si favorablement les films tirés de ses romans après tant et tant d’adaptations depuis que le cinéma existe. Probablement aussi, entre-til dans ce succès la nostalgie d’un autrefois où - se plaîton à croire - les héros étaient de parole, cultivaient le sens de l’honneur, réglaient leurs querelles et leurs différends à la loyale, face à face, l’épée à la main, une époque où, quand la femme s’avérait être une fieffée garce - genre Milady - du moins l’étaitelle avec toute la séduction et la subtilité qu’on est en droit d’attendre d’un ange du mal. Et puis, chez MonteCristo, il y a le thème fabuleux, inépuisable de la vengeance. La vengeance dont Graham Green disait : « Elle est bonne pour le caractère. D’elle naît le pardon. » En effet, pour que le pardon ait toute sa valeur, il faut bien qu’il existe, en contrepoint, le choix de la vengeance. Qui n’a rêvé dans sa vie d’oser ce choix-là ? Faire payer à un sale quidam une injustice, un coup bas ? On ne s’y aventure que rarement, retenus que nous sommes par mille et une conventions, mille et une prescriptions de sainte morale. Chez Monte-Cristo, avancerait un psychanalyste de bazar, il y a plus et mieux encore : la renaissance. Le retour à la vie après l’enfouissement longue durée dans les profonds cachots du château d’If, en quoi on peut décrypter une symbolique du tombeau, puis l’avènement à une nouvelle vie, la résurrection avec le passage par l’eau, l’élément liquide symbolique, lui, de celui de l’accouchement. Enfin, le succès auprès des gens s’explique aussi vraisemblablement par la beauté des images, des personnages, beauté physique certes pour les principaux, ceux du bon camp, mais aussi morale, voire « sociale ». Entre deux duels effrénés, on se parle avec courtoisie, respect. On n’oublie jamais les usages, les codes, la règle de bonne conduite en société. Nostalgie, nostalgie. Tous ne font qu’accomplir en réalité ce qui est - ou ce qui leur semble être - leur devoir. Et cela les rend heureux. Positivement heureux. Là encore, on aurait un peu de mal à retrouver des exemples aujourd’hui dans les fictions à la mode, mais pas que dans ces fictions, hélas ! On a subi de fortes chaleurs ces derniers temps dans les villes, les métropoles de nos régions. Les gens allaient peut-être s’enfermer dans les salles obscures pour trouver un peu de fraîcheur. Ou encore, métaphoriquement, celle que distillent ces personnages aussi francs du collier que de l’épée et du verbe. Le divertissement au sens vrai. Ce qui détourne du quotidien, du monde tel qu’il va. Et puis, en sortant de la salle, en replongeant dans notre réel lui aussi parfois bien aussi étouffant que l’air caniculaire, on se surprend à penser que, de ces fictions si bien troussées on pourrait tirer quelques idées fertiles : un Richelieu, à Matignon, un d’Artagnan, à l’Intérieur et le pactole de Monte-Cristo à Bercy. J’entends d’avance l’objection : cela supposerait qu’on ait un Alexandre Dumas à l’Élysée. Bref, l’imagination au pouvoir. On en rêverait.

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