la baule+ 8 | Juin 2024 Économie ► Il incarne la nouvelle génération des philosophes et essayistes qui bousculent le politiquement correct Tom Benoît : « On distingue l’Occident du reste du monde par rapport au bon sens et à la capacité de reconnaître le beau du laid. » Tom Benoît est un jeune philosophe, écrivain et essayiste d’une trentaine d’années. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment «Instinct mimétique et solitude asservie », et il est maintenant connu pour ses interviews percutantes de personnalités politiques sur TV5. Il dirige également le magazine Géostratégie Magazine. La Baule + : Vous interrogez souvent sur TV5 des ministres et des personnalités politiques sur des sujets économiques, notamment les conséquences de notre endettement. On a le sentiment que vos interlocuteurs sont parfois un peu perdus… Tom Benoît : Il y a une distinction très marquée entre l’exercice politique et les représentants politiques nationaux, pour une raison simple : c’est que l’action politique n’est pas logée au sein des organes de décision nationaux, mais plutôt au sein d’organes européens, comme la Banque centrale. Les décisions effectives ne sont pas prises par les députés ou les sénateurs. Effectivement, les ministres n’ont pas les connaissances requises pour exercer leurs fonctions, et c’est problématique. Je ne pense pas qu’un ministre de l’Économie puisse être un personnage interchangeable, car pour diriger les finances publiques d’un pays, il faut être passionné par l’économie et l’on ne peut pas, du jour au lendemain, passer de l’Agriculture à l’Économie, puis à l’Éducation… On voit un Premier ministre de 34 ans, qui n’a jamais été salarié dans une société privée, ni même chef d’entreprise. Il a toujours évolué professionnellement dans des cabinets ministériels, pourquoi pas un jour président de la République de la septième puissance mondiale... C’est un modèle qui ne peut pas marcher. Nous avons des représentants politiques qui sont incapables de prendre des bonnes décisions pour faire évoluer convenablement la société Certes, mais René Monory qui était un excellent ministre de l’Économie, était garagiste… Vous avez aussi des personnes plus brillantes que d’autres, ce que Schopenhauer appelait des génies, et c’est ce qui relève de l’exceptionnel. Pierre Bérégovoy était ajusteur en aéronautique et il avait du bon sens. Je parle régulièrement du bon sens, car l’un des socles de notre société occidentale était justement le bon sens, bien avant que les États-Unis existent. On distingue l’Occident du reste du monde par rapport au bon sens et à la capacité de reconnaître le beau du laid, le bien du mal, et la bonne direction de la mauvaise… À ce titre, pour des décisions politiques, comme pour des sensibilités personnelles, on s’aperçoit bien que la bonne et la mauvaise direction existent. Vous pouvez apprécier certains morceaux de musique, comme des chansons de Michel Sardou des années 80, en admettant que ce n’est pas du même niveau qu’une symphonie de Beethoven, donc vous reconnaissez le beau du moins beau, mais pourtant vous éprouvez du plaisir en écoutant Michel Sardou. Or vous êtes en mesure de reconnaître la qualité. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Nous avons des représentants politiques qui sont incapables de prendre des bonnes décisions pour faire évoluer convenablement la société. C’est sur ce point que l’Occident décline. Pire encore, on travestit la réalité en se contraignant à choisir la mauvaise direction, plutôt que la bonne. Le principe même de la diplomatie est d’entretenir des relations lorsqu’elles sont rendues difficiles Cela s’observe aussi dans le cadre des relations internationales… Nous avons un ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, qui est donc le garant de la diplomatie. Je rappelle que le français a été la langue de la diplomatie et que le principe même de la diplomatie est d’entretenir des relations lorsqu’elles sont rendues difficiles par rapport à des situations géopolitiques. C’est le nom même du ministère qui est France Diplomatie. Et ce ministre déclare : « Ce n’est pas la peine de dialoguer avec la Russie ». Donc, il y a un territoire eurasiatique qui est aux portes d’un conflit qui semble presque inéluctable, et notre garant de la diplomatie qui déclare qu’il est inutile de dialoguer... La schizophrénie linguistique fait que l’on ne parvient plus, avec notre propre langue, à qualifier les situations D’ailleurs, lorsque l’on recommande à quelqu’un de faire preuve de diplomatie, c’est justement quand il doit s’adresser à une personne avec qui les relations ne sont pas très bonnes. On ne va pas lui demander d’être diplomate auprès de son meilleur ami… C’est le principe même de la diplomatie. Il s’agit de mettre sa mauvaise foi de côté pour trouver une solution. Aujourd’hui, on met de l’huile sur le feu. Je cite régulièrement Albert Camus qui disait : « Mal nommer les choses, c’est contribuer au malheur du monde. » À vouloir grossir des déviances, on prend le risque de ne plus savoir les nommer quand elles apparaissent réellement. Dans les médias, on parle régulièrement de l’ultra droite, alors que l’on pourrait parler de l’extrême droite. On fait cela parce que, pendant des années, on a pris la fâcheuse habitude de qualifier d’extrême droite ceux qui ne l’étaient pas... Donc, à présent, lorsqu’il y a des milices qui semblent un peu plus réellement d’extrême droite, on ne peut plus dire que ce sont des milices d’extrême droite, parce que cela reviendrait à dire que ce sont des milices apparentées aux opinions de quelqu’un comme Jean-Philippe Tanguy ou Florian Philippot… Donc, on est contraint d’inventer une nouvelle qualification : l’ultra droite. C’est la phase supplémentaire de la schizophrénie linguistique qui fait que l’on ne parvient plus, avec notre propre langue, à qualifier les situations. Donc, on parviendra bien moins à les comprendre et à les dénouer. Idem sur le viol. Il y a des femmes qui sont réellement violées, brutalement, sous la contrainte physique d’un homme, et ces femmes qualifient cela comme un viol, au même titre que parfois on peut qualifier des SMS agressifs. Cela peut être de l’oppression, mais ce n’est pas du viol. Contraindre une partie de la population à la souscription On parle de plus en plus d’une épargne euro-
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