La Baule+

la baule+ Juin 2024 | 25 dans « Quand elle dort ». L’une de mes filles reprend d’ailleurs un bout de ce texte dans une chanson de cet album. Dans certaines chansons de votre nouvel album, on retrouve vraiment la patte historique de Nicolas Peyrac… C’est un compliment pour moi, parce qu’il y beaucoup de gens qui ont décroché pendant des années, notamment lorsque j’étais à Montréal, et savoir cela me fait plaisir. Je suis heureux que les gens retrouvent ce qu’ils ont aimé chez moi à l’époque où j’ai commencé. Comme les designers, chaque être humain a son propre style… J’ai toujours aimé travailler autour de mes bases. Je concocte des ambiances dans mon studio et, à partir de là, je bâtis des choses autour. On retrouve donc forcément des traces, comme si j’avais laissé des empreintes sonores, tout en n’allant pas forcément au même endroit. On entend la voix de François Berléand sur un morceau : cela rappelle le style du DJ Bon Entendeur lorsqu’il place des voix d’artistes… Ce sont mes compositions. J’ai demandé à ces gens, que j’aime profondément, d’enregistrer leur voix avec un iPhone. Ils ne sont même pas allés en studio, ils ont fait cela chez eux, simplement pour me faire plaisir. J’ai envoyé quelques phrases à François Berléand et il a enregistré cela. Idem pour Bénabar et François Morel. Dans la chanson, « Métro Goldwyn Meilleur », vous évoquez la peur ambiante… J’évoque le rêve. On nous raconte tellement de conneries et de mensonges, que je ne regarde plus les nouvelles. C’est systématiquement des trucs pour nous faire flipper. Donc, j’arrête tout et on remet un peu de mélo, de romance et de technicolor, comme le faisait la Metro Goldwyn Mayer dans les années 40 ou 50. C’est une chanson clin d’œil, avec une envie d’aller vers le rêve et d’oublier tout ce qui nous pourrit la vie. Comment avez-vous vécu ces dernières années, avec les restrictions de liberté et le contrôle des populations ? On n’est pas libre du tout, je le dis encore. On va chercher de l’argent à un distributeur: on est filmé ; on allume son téléphone : on sait où l’on est à trois mètres près... Il faut vivre sans trop y penser, sinon on ne s’en sort pas. La seule restriction qui a été bénéfique pour moi, parce que j’ai écrit mon dernier roman pendant cette période, c’est le confinement. Maintenant, je sais que cela n’a pas été bénéfique pour beaucoup de gens. Personnellement, s’il n’y avait pas eu le confinement, je n’aurais peutêtre pas continué ce roman. Pendant le confinement, je faisais aussi des concerts sur Facebook tous les vendredis, pour aider les gens à penser à autre chose. Mais je sais que le confinement a été une horreur pour plein de gens et pour de nombreuses professions. C’était bénéfique pour moi, mais je suis un cas très particulier. Toutes mes racines sont en Bretagne Parlons de la Bretagne maintenant… Je suis entre Fougères et Rennes, je suis à la limite de la Normandie. La Bretagne est une histoire d’amour pour moi. Quand on a la chance de revenir habiter dans sa maison d’enfance, après quinze ans à Montréal, c’est formidable. J’aurais préféré que mon père reste en vie et ne pas avoir à faire cela, mais c’est vrai que lorsque mon père est parti, je ne me voyais pas passer devant cette maison pour aller voir mon frère qui habite à un kilomètre, en me disant que c’était une autre personne qui l’habitait. Mon père a acheté cette maison en 1958, j’avais neuf ans. Il y a un énorme sapin de 30 mètres dans le jardin. Je m’en souviens encore, c’était un petit sapin de Noël que mon père avait planté pour moi. Je ne me voyais pas être ailleurs qu’ici. La Bretagne, c’est ma maison. Je suis complètement chez moi. Toutes mes racines sont en Bretagne. Que faites-vous en ce moment ? Pour l’instant, je suis à Paris, en tournée pour cet album. Les concerts vont recommencer en juillet, notamment à La Rochelle, seul sur scène à l’occasion des Francofolies. À la fin de l’année, je vais faire des acoustiques apprivoisées, c’est-à-dire que je vais inclure mes musiciens, que j’ai délaissés pendant longtemps. Les musiciens interviendront selon leurs envies et pas forcément de la même façon tous les jours, comme un théâtre d’improvisation. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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