La première fois, lorsque Napoléon arrive à Marseille, il est furieux en découvrant le plan de ses soldats… Il demande que tout soit changé. Il a affaire au général Carteaux, un incompétent qui ne connaît même pas la portée de ses canons. Bonaparte est un officier particulier. Il est extrêmement désobéissant et il a très bien compris que le véritable commandement vient des représentants en mission et non du général en chef. Ce sont des agents qui ont beaucoup de pouvoir et Napoléon fait la connaissance du frère de Robespierre et d’un autre représentant qui l’encourage. Napoléon a toujours eu le sens du bluff, ou plutôt du bleffe Vous soulignez qu’il était un peu inquiet de sa propre audace : peuton dire que parfois, il y allait au flan ? Il a toujours eu le sens du bluff, ou plutôt du bleffe, puisque le mot bleffer, c’est comme flirt, c’est un vieux mot français. Un bleffe qui réussit, cela montre que vous avez pris la mesure de votre adversaire : vous prenez un risque, mais vous êtes capable de le faire partir. C’est souvent arrivé dans l’histoire des guerres. Napoléon est un maître en tactique, mais c’est aussi un maître en psychologie. Autre leçon : il s’est retiré du quartier général pour aller vivre avec ses canonniers et ses hommes de troupe. Est-ce pour mieux comprendre la mentalité de ses hommes ? Le général Patton disait qu’une troupe, c’est comme un spaghetti cuit, on ne peut pas le pousser, il faut le tirer... Bonaparte partage le danger de ses troupes. Il y a un feu épouvantable autour de Toulon et Napoléon montre l’exemple, il sait faire cela magnifiquement. Il a même reçu une blessure qui était très grave, puisqu’il a failli être amputé. Après la prise de Toulon, les troupes républicaines ont opéré un véritable génocide Napoléon n’avait que 24 ans à cette époque… Oui, il était simple capitaine. Il termine général de brigade, c’est une promotion éclair. Après la prise de Toulon, les troupes républicaines ont opéré un véritable génocide sur la population toulonnaise, avec des massacres de femmes, d’enfants et de vieillards. C’était épouvantable. L’armée française a essayé de retenir la main des représentants, parfois en vain, et, après le siège de Toulon, Napoléon commande l’artillerie de l’armée d’Italie. Il revient en 1794 à Paris, où il tente de se suicider en tentant de se jeter dans la Seine. C’est l’un de ses amis qui le retient au dernier moment en lui donnant de l’or qu’il a sur lui, parce que Bonaparte est ruiné. Il doit nourrir sa famille. C’est seulement avec le 13 vendémiaire qu’il va se remettre en selle en protégeant le directoire des royalistes. C’est là que commence véritablement sa courbe historique. Vous évoquez les massacres de Toulon, parce que la ville était royaliste… Tout le monde est royaliste. Déjà, le provençal est plutôt de nature à droite, pour utiliser une expression anachronique. Nos amis provençaux sont très attachés à leur flotte de guerre et la Révolution va suivre une courbe qui est exactement celle de Paris, mais avec quelques mois d’avance. La réaction qui va se produire à Paris avec le 18 Brumaire va se produire à Toulon, mais quelques mois plus tôt. (Suite page 18) la baule+ Juin 2024 | 17
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