la baule+ Février 2024 | 3 Les journalistes ont reçu une invitation du sel Le Guérandais, qui appartient à la coopérative Terre de Sel, pour la présentation d’une nouvelle gamme de sel dans un restaurant parisien. Généralement, les entreprises qui défendent un ancrage local font appel à des communicants régionaux. Mais cette fois-ci, l’invitation émanait d’une agence américaine connue pour son lobbying au profit des intérêts américains à la Commission européenne. Dans une étude de 2001, l’École de guerre économique rappelait déjà le rôle délétère de ce groupe au moment de la crise de la vache folle : « Bloquer littéralement toutes les informations relatives à la gestion de l’ESB. Pour cela, Hill & Knowlton va « expertiser » la réputation de certaines sociétés (c’est à dire démontrer que cette affaire n’est qu’un problème sanitaire mal maîtrisé par des entreprises européennes indélicates) et mettre en relief les entraves au commerce international (sous-entendu l’intention par les éleveurs français de retirer le soja transgénique de l’alimentation animale). » Or, Hill & Knowlton est aussi l’agence qui avait orchestré la campagne de désinformation sur l’Irak, sous la supervision de la CIA et du Pentagone, avec l’affaire des couveuses au Koweït. Une jeune infirmière avait témoigné à l’ONU des atrocités soi-disant perpétrées contre des nouveau-nés koweïtiens : « J’ai vu les soldats irakiens entrer dans l’hôpital avec leurs armes. Ils ont tiré les bébés des couveuses, ils ont pris les couveuses et ils ont laissé mourir les bébés sur le sol froid. J’étais horrifiée. » L’opinion publique mondiale avait été bouleversée et avait alors pris position en faveur d’une intervention militaire contre Saddam Hussein. Toutefois, quelques années plus tard, des journalistes ont pu découvrir que ce témoignage était entièrement infondé et qu’il avait étémonté par Hill & Knowlton. La jeune fille avait pour père l’ambassadeur du Koweït à Washington. Elle avait été coachée par Hollywood pour apprendre à pleurer et à se montrer traumatisée, tout cela sur les conseils de cette même agence. En conclusion, il apparait que le sel Le Guérandais aurait pu choisir de faire travailler une grande agence française, comme Publicis ou Havas, ou des structures locales ou régionales qui auraient aussi pu prendre en charge cette campagne de promotion pour s’illustrer en adéquation avec les valeurs affichées par la coopérative « Libre et authentique ». L’étrange choix du sel Le Guérandais en matière de relations publiques
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2