La Baule+

la baule+ 10 | Février 2024 Michel Desmurget: « La lecture de livres a un effet positif sur la capacité que l’on a à débattre, l’empathie, la connaissance et le langage. » Michel Desmurget, docteur en neurosciences, s’alarme de la dégringolade du nombre de jeunes lecteurs. Il rappelle les conséquences bénéfiques de la lecture sur le langage, la culture générale, la créativité et les aptitudes socio-émotionnelles. Même les étudiants lisent de moins en moins, au point que leurs professeurs sont toujours plus enclins à remplacer les supports d’apprentissage écrits par des contenus audio et vidéo. Pour Michel Desmurget, la disparition de la lecture s’effectue au profit d’un féroce ennemi : la culture numérique récréative. Selon l’auteur, la lecture est une véritable machine à façonner de l’intelligence dans sa dimension cognitive. En effet, la lecture régulière stimule le cerveau, renforçant les connexions neuronales et favorisant la cognition. Ainsi, l’enfant qui ne lit pas se condamne à ne jamais déployer son plein potentiel intellectuel. Selon un article paru dans la revue Science, la lecture de livres de fiction développe l’empathie. La confrontation à l’écrit bonifie alors nos habiletés relationnelles. Michel Desmurget est docteur en neurosciences. Après avoir fréquenté plusieurs grandes universités américaines (MIT, Emory, UCSF), il est aujourd’hui directeur de recherche à l’INSERM. « Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital » de Michel Desmurget est publié aux Éditions du Seuil. Société ► Un scientifique évoque les bienfaits de la lecture Pour le numérique, on a tendance à sous-estimer l’impact négatif que cela peut avoir sur le langage, la réussite scolaire, la tension, l’obésité ou la dépression La Baule+ : Le bon sens amène à cette conclusion : le numérique ne permet pas la même concentration et le vocabulaire n’est pas le même… Michel Desmurget : Je ne suis pas sûr que ce soit aussi clair, quand les médias expliquent à quel point le numérique est une bonne chose, rend les enfants intelligents, ou que c’est bon pour leur concentration ! Il y a eu tout un discours de lobbying pendant longtemps. Il y a quand même beaucoup de points d’opinion. Les opinions, c’est bien, mais je préfère me baser sur des études scientifiques, en invitant les gens à vérifier ce que j’écris. Pour le numérique, on a tendance à sous-estimer l’impact négatif que cela peut avoir sur le langage, la réussite scolaire, la tension, l’obésité ou la dépression. La liste est longue. À l’inverse, pour la lecture, on a tendance à sous-estimer l’impact extrêmement positif que cela peut avoir. Dans «Fahrenheit 451 », il y a cette citation, l’homme rentre chez lui en expliquant à sa femme qu’il a brûlé des livres et qu’il a brûlé une femme. Sa femme lui répond : « Et alors ? ». L’homme lui dit que cette vieille dame s’est laissé brûler avec ses livres... Il y a quelque chose que l’on ne peut pas imaginer sans les livres. On ne mesure pas l’ampleur de tout ce que les livres peuvent nous apporter, parce que c’est cumulatif, cela dépend du temps, et si l’on veut faire un résumé des impacts positifs des livres, cela touche à tous les piliers de notre intelligence, intellectuelle, émotionnelle et sociale. Tous ces points sont massivement bonifiés par la lecture. Il y a plein d’activités qui sont bénéfiques pour les enfants, notamment le sport, le jeu, l’art ou la musique, mais il n’y a aucune activité qui ait un effet aussi profond et aussi durable sur la trajectoire de vie d’un enfant et sa réussite scolaire que la lecture. C’est facile, c’est pas cher et ça peut rapporter gros. L’unité spatiale permet de vous repérer plus facilement, alors qu’il n’y a pas d’unité spatiale dans la tablette D’ailleurs, il yaune force du papier que les publicitaires connaissent bien. Même les catalogues numériques des grandes surfaces n’ont pas le même impact que le catalogue papier, parce que la mémorisation n’est pas la même… Les études sont assez bien documentées pour les livres et les romans. Quand c’est simple, il n’y a pas de différences entre une liseuse et le papier. Il y a toujours une différence entre l’ordinateur, la tablette et le papier, parce que sur l’ordinateur il y a toujours cette pulsion à aller vérifier des informations sur les réseaux sociaux et tout cela nous détourne de la lecture. Pour les liseuses, quand le texte est simple, c’est pareil. Mais plus le texte devient compliqué et exigeant, plus il y a un avantage du papier sur la liseuse. On se concentre mieux sur le papier, y compris les nouvelles générations, et le papier a une unité spatiale. Quand on vous demande de vous rappeler un élément dans un livre, non seulement vous vous rappelez l’événement, mais vous avez aussi tendance à vous rappeler le fait dans le livre. Dans un livre d’histoire, vous allez voir qu’il y a quelques pages sur Louis XIV, ensuite Napoléon, puis le général De Gaulle, donc vous allez avoir une chronologie du temps. L’unité spatiale permet de vous repérer plus facilement, alors

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