la baule+ Juillet 2023 // 11 On se souvient des déclarations d’Alexandre Soljenitsyne qui avait annoncé que ce que l’Est a connu, l’Ouest va le connaître, alors que la liberté va renaître à l’Est dans un mouvement d’inversion. Aujourd’hui, ces propos prennent tout leur sens… Qu’en pensez-vous ? C’est évident, Alexandre Soljenitsyne est une sorte de prophète qui avait tout compris. Vous avez connu la fin de l’Union soviétique, c’est-à-dire le moment où tout le monde savait que cela ne marchait pas. C’était moralement insoutenable, mais personne n’osait bouger parce que tout le monde avait la trouille. Aujourd’hui, en France, nous sommes dans les années Brejnev. Donc, il va se passer quelque chose. Mais il est très difficile d’envisager ce qui peut se passer, puisque nous ne sommes plus dans un monde rationnel. Il n’y a pas de sortie rationnelle sur le plan économique, puisque nous sommes arrivés à un tel degré de dégradation de la société, qu’il ne peut plus y avoir de solution autre que politique. Cela peut être une espèce d’anarchie, ou une prise de conscience et un rebond, comme ce qui s’est passé en Angleterre avec Madame Thatcher. Mais nous ne sommes plus dans les temps où les choses peuvent se guérir par ellesmêmes. Il faut une volonté politique très forte pour qu’il y ait un changement. Les crétins surdiplômés sont obsédés par leurs tableaux Excel Vous évoquez l’époque de Leonid Brejnev où tout le monde savait que le système ne fonctionnait pas. Mais aujourd’hui, une grande partie de nos compatriotes sont convaincus que les choses marchent bien… Ce sont les crétins surdiplômés qui sont obsédés par leurs tableaux Excel et qui ne comprennent pas les concepts. Ils sont à la recherche de solutions techniques, mais ne comprennent pas les concepts, comme la démocratie ou le droit de propriété. Ils ne comprennent pas que notre société est venue d’une réflexion du philosophe John Locke, sur le droit de propriété, le contrôle de l’impôt par les citoyens, et aucune tolérance à l’égard de ceux qui ne respectent pas la loi. Aujourd’hui, le droit de propriété est battu en brèche. Les citoyens ne contrôlent absolument pas les dépenses de l’État, ne serait-ce que par les émissions de dette, puisque ce sont les petits-enfants qui paieront l’impôt. En ce qui concerne l’intolérance pour ceux qui ne respectent pas la loi, on sait que c’est le contraire. On est passé d’une société fondée sur ces trois principes, à une société qui cherche à détruire chacun de ces trois principes. On a déjà eu cela dans l’histoire, notamment avec l’Argentine, qui avait le deuxième niveau de vie du monde en 1945, tout comme le Venezuela : or ce sont aujourd’hui des pays vendus à la corruption et à la mafia. Quand il n’y a plus le respect de la loi, c’est la mafia qui règne en maître. La mafia peut être une sorte de mafia financière, comme celle qui nous gouverne aujourd’hui. Dans toute une série de grands pays au monde, notamment en France et aux États-Unis, la classe politique est une classe criminelle. Autrefois, la presse était toujours dans le camp du peuple et elle se méfiait du gouvernement. Maintenant, pour des raisons financières, la presse est détenue par quelques grands groupes et elle est complètement dans le camp de la mafia. C’est une dérive totalement incompréhensible. Il y a donc deux sortes de journalistes : les journalistes honnêtes qui sont au chômage et ceux qui ont un boulot. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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