la baule+ 4 // Décembre 2023 La Baule+ : Notre pays est traversé par une crise de pessimisme et de défaitisme. Aussi, clamer « Enthousiasmez-vous », ce qui pouvait paraître quelque peu banal il y a quelques années, semble indispensable aujourd’hui… Pierre Gattaz : J’ai voulu montrer que notre pays est un grand pays qui se redresse sur le plan économique depuis une dizaine d’années, avec un taux de chômage qui est tombé de 10,5 % à 7 %, et qu’il y a de bonnes nouvelles. Malheureusement, les Français continuent d’être un peuple pessimiste, alors que nous vivons dans un pays avec un patrimoine incroyable sur le plan culturel, historique ou philosophique. Des millions de touristes viennent tous les ans et les gens veulent venir travailler en France. Donc, j’ai voulu redonner un peu d’espoir. Je m’adresse aussi aux jeunes qui ont parfois tendance à broyer du noir dans un environnement géopolitique très compliqué. Il faut garder l’espoir car, même dans les moments les plus difficiles, c’est l’enthousiasme qui nous permet de trouver des solutions à des problèmes. En face, le pessimisme et l’indignation permanente nous incitent à broyer du noir tout le temps. Je ne voulais surtout pas faire comme mon père Vous racontez vos débuts professionnels. Lorsque l’on connaît votre famille, on aurait pu croire que tout était facile, toutefois cela n’a pas été le cas… Je ne voulais surtout pas faire comme mon père et surtout ne pas paraître comme le fils à papa. J’ai fait Maths sup et Maths spé, et je suis devenu ingénieur des télécoms. Ensuite, je suis parti aux États-Unis. J’ai été jeune cadre ingénieur chez Dassault électronique. Puis j’ai redressé une société d’électronique à 30 ans. C’est dans ce travail de redressement d’une entreprise que j’ai appris mon métier de patron. J’ai cru que mes actionnaires allaient me virer chaque lundi matin, c’était très difficile. C’était une petite société d’une cinquantaine de salariés qui était en redressement. Il y avait des problèmes de trésorerie. Il y a eu l’inspecteur du travail, puis ensuite l’inspecteur des impôts. C’était dur. Ensuite, en 1992, Radiall allait un peu moins bien et je suis arrivé avec une connaissance du marché des télécommunications, du marché américain et des entreprises en difficulté. Cela m’a permis d’avoir une légitimité plus forte pour reprendre à 33 ans les rênes de Radiall. Vous avez aussi été pionnier dans la mise en place d’une politique RSE… Je suis un passionné de nature. J’ai passé mon enfance en Provence pour sentir la nature. J’ai d’ailleurs acheté un domaine vinicole il y a quelques années dans le Lubéron et nous sommes très vite passés au bio. J’ai beaucoup de respect pour tout cela. J’ai passé mon temps à motiver mes équipes car une entreprise familiale, c’est une entreprise qui veut aller loin. Ce n’est pas une entreprise qui a pour objectif de se vendre au bout de quelques années. Si vous voulez perdurer avec votre équipage, vous devez faire très attention à votre équipage. Il y a eu beaucoup de management participatif. Les salariés sont motivés, car on leur demande tout le temps des idées et des solutions. C’est gagnant pour les clients, puisque les performances de la société sont bien meilleures, et c’est aussi gagnant pour l’entreprise qui va de mieux en mieux avec un équipage engagé. On a le sentiment que le chef d’entreprise est moins populaire en France depuis qu’il n’est plus entrepreneur, au sens des Marcel Bleustein-Blanchet, Francis Bouygues ou Marcel Dassault : c’est-à-dire tous ces grands patrons qui ont fait eux-mêmes leur entreprise… Maintenant, ce sont des technocrates qui sont à la tête des grosses sociétés… J’évoque les Trente Piteuses de la France. Pendant une trentaine d’années, on a eu des politiques fiscales et sociales très démotivantes pour l’ensemble des patrons, notamment les patrons familiaux. J’ai vu tous les concurrents de Radiall vendre leur entreprise familiale pour partir à l’étranger. Cela m’a complètement désespéré. J’avais une colère sourde en voyant la désindustrialisation de notre pays parce que la fiscalité française était très dogmatique et très idéologique. Le social est devenu très compliqué, avec un Code du travail qui s’est extrêmement complexifié. J’ai vu des réformes courageuses qui ont été mises en place depuis une dizaine d’années, notamment par le Premier ministre Manuel Valls, qui a baissé les charges sur les bas salaires, qui a procédé à une baisse des impôts et qui a aussi simplifié le Code du travail. L’image de la France a changé et les investisseurs sont revenus. Emmanuel Macron a poursuivi sur ce chemin, la confiance est revenue et je vois un pays qui est en train de se réindustrialiser. Cela va peut-être demander une ou deux générations. En Allemagne, ils ont 12 000 à 13 000 entreprises de taille intermédiaire familiales, alors que nous n’en avions plus que 5 500. Il y a eu un cataclysme sur les entreprises familiales, qui sont en plus très implantées dans les territoires. Un gouvernement de gauche a été capable de refaire une politique de l’offre en comprenant que l’entreprise, ce n’est pas un concept de gauche ou de droite, tout comme l’économie, et qu’il faut donc que l’environnement fiscal et social soit approprié. C’est ce qui est en train de se passer en France actuellement. Manuel Valls a eu le courage de mener des réformes dans une très grande impopularité Vous dites beaucoup de bien du gouvernement de Manuel Valls. Vous aviez des contacts fréquents Économie ► L’ancien patron du MEDEF nous invite à faire preuve d’optimisme Pierre Gattaz : « Une entreprise familiale, c’est une entreprise qui veut aller loin. » La France est un pays extraordinaire qui dispose d’atouts considérables. Pourtant, c’est un peuple qui doute collectivement. Prenant le contrepied des déclinistes, Pierre Gattaz lance un appel aux Français en les appelant à l’optimisme, à l’action, à l’entrepreneuriat. Bâtir plutôt que critiquer. Créer plutôt que détruire... Pierre Gattaz dirige depuis 1992 Radiall, l’entreprise familiale créée en 1952, qui conçoit et fabrique des composants électroniques. Ancien président du MEDEF, puis de Business Europe, il a lancé l’association Y Croire & Agir, qui aide les personnes fragilisées ou au chômage à créer leur entreprise dans les territoires ruraux. Depuis quelques années, il gère aussi une exploitation vinicole en Provence. « Enthousiasmez-vous ! Ce que la vie m’a appris... et que je voudrais partager avec vous » de Pierre Gattaz est publié aux Éditions du Rocher.
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