la baule+ Août 2023 // 31 inutile de lire le papier du journal ensuite... J’ai travaillé au Monde pendant cinquante ans et cela m’a toujours fait plaisir d’entendre cela. Mon dessin donne le sentiment d’avoir tout compris sur un sujet, c’est une orientation, une prise de position que j’assume. Je me mouille, mais si l’on veut mieux comprendre le sujet, il vaut mieux lire le papier. Si l’on veut comprendre l’Ukraine, ce qui se passe avec les migrants, ou la crise de la Covid, il faut lire l’article. Ce n’est pas moi qui vais vous faire un cours, je ne suis qu’un interprète. Un interprète ne comprend pas forcément le sujet de A à Z, mais il sait traduire et interpréter. Une fois, le rédacteur en chef du Monde me dit que c’est une belle journée pour l’euro et que je devrais faire un dessin là-dessus après avoir vu le service économique. Je vais au service économique en disant que c’est une belle journée pour l’euro et l’on me répond : « C’est une bêtise !» Je suis une éponge, je ne comprends rien à l’économie. Il y a des points de vue différents, je traduis cela et parfois des économistes me disent que j’ai tout compris, alors qu’en réalité je n’ai pas compris... Le droit de débattre et d’être pour ou contre la vaccination On constate que le périmètre de la liberté d’expression se réduit : qu’en pensez-vous ? Nous vivons une mauvaise période en matière de liberté d’expression. D’ailleurs, Riss, directeur de Charlie Hebdo, après le drame de 2015, avait dit que les dessinateurs étaient menacés et qu’ensuite ce serait le tour des citoyens. Par la suite, même sur des sujets mineurs, comme la vaccination, il y avait des pour et des contre dans toutes les familles. Dès que l’on soulevait la question, tout le monde se mettait sur la gueule… On avait quand même le droit de débattre et d’être pour ou contre la vaccination sans se donner des noms d’oiseaux. Les non-vaccinés spéculaient sur la mort des vaccinés en comparant le vaccin à un poison, et les vaccinés espéraient la mort des non-vaccinés en disant que ce serait bien fait pour eux… Les directeurs d’établissements hospitaliers - je les connais presque tous maintenant - me disent qu’ils ont été menacés de mort. Ils n’ont pas forcément averti la police pour essayer de calmer le jeu. Vous vous rendez compte ! On ose menacer de mort un directeur d’hôpital, alors que c’est quand même quelqu’un qui essaye de sauver la vie des gens. Vous vous êtes fait connaître des téléspectateurs avec Michel Polac, qui animait « Droit de réponse » sur TF1. Il y avait sur le plateau des journalistes de Minute face à des représentants de L’Humanité ou de Libération… On voyait parfois des cendriers voler, mais tout le monde débattait. Wolinski racontait à sa femmeMaryse: « On a connu une époque d’insouciance ». Parfois, il se disait n’importe quoi. C’était une vraie bataille verbale. Mais c’était jubilatoire et gourmand. Les gens étaient vraiment contents d’avoir assisté à des débats. C’étaient des débats enflammés, mais à la fin tout le monde allait dîner chez Bofinger, à côté de la Bastille, et je voyais des gens qui s’étaient mis sur la gueule pendant l’émission et qui mangeaient une choucroute ensemble. À l’époque, ils n’avaient pas peur d’être pris en photo par un gars qui allait mettre cette image sur Instagram quelques minutes plus tard, puisque cela n’existait pas. On peut très bien avoir des divergences et se respecter. Par exemple, j’adorais le dessinateur Jacques Faizant, qui était au Figaro, alors que je n’étais pas d’accord avec lui. On a souvent dit que vous étiez le Jacques Faizant de gauche… Oui. Il m’a pris sous son aile et il m’a donné des conseils pour organiser le classement de mes dessins. (Suite page 32)
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