La Baule+

la baule+ 24 // Août 2023 Histoire ► La pornichétine raconte l’histoire de l’auteure du « Tour de la France par deux enfants » qui a enchanté plusieurs générations d’écoliers Michèle Dassas : « Le témoignage d’une époque où tout pouvait être possible. » Michèle Dassas est résidente secondaire à Pornichet. Auteure de plus d’une quinzaine d’ouvrages, dont neuf romans, elle s’est vu décerner en 2021 la Médaille d’or du mérite littéraire de l’Association Arts et Lettres de France pour l’ensemble de son œuvre. Dans son dernier roman, elle raconte l’histoire d’Augustine Tuillerie, alias G. Bruno, auteure du « Tour de la France par deux enfants », le manuel scolaire publié en 1877 qui marqua plusieurs générations d’écoliers. Cet ouvrage a connu un succès énorme. Il a été vendu à toutes les écoles, publiques ou religieuses, ainsi qu’aux collectivités locales et associations diverses, et a même atteint un tirage de 7, 4 millions d’exemplaires en 1914. Ce livre est aussi à l’origine de l’établissement du roman national sous la IIIe république. « Augustine Tuillerie : L’histoire extraordinaire de l’Institutrice aux millions d’élèves » de Michèle Dassas est publié aux Éditions Ramsay. La Baule + : 2023, c’est le centenaire de la mort d’Augustine Tuillerie, dont le livre « Le tour de la France par deux enfants », distribué à des millions d’exemplaires, a été une référence auprès de plusieurs générations jusqu’au début des années 60. Pouvez-vous nous rappeler son histoire ? Michèle Dassas : Le premier exemplaire date de 1877 et, pour le centenaire, en 1977, les éditions Belin ont encore édité cet ouvrage. Même en 2012, les éditions Tallandier ont republié cet ouvrage mythique. Augustine Tullerie avait signé son livre sous le nom de G. Bruno : pourquoi avoir choisi un tel pseudonyme ? À cette époque, la plupart des femmes écrivaient sous un pseudonyme - je pense à George Sand - car il valait mieux se cacher pour être prise au sérieux, surtout pour rédiger un manuel scolaire. Elle avait aussi des raisons plus personnelles. Sa vie privée était très compliquée. J’ai eu accès à une correspondance inédite qui m’a permis de comprendre les raisons profondes de cet anonymat. Augustine commence sa vie à Laval. Il y a beaucoup de fabricants de toiles, mais son père a fait de mauvaises affaires et son entreprise périclite en 1848. Augustine a 20 ans et il songe à la marier à un négociant de toiles qui a 17 ans de plus qu’elle, mais qui a fait fortune. Il lui promet de renflouer son affaire. Cet homme se montre très rapidement violent et il essaye même de la tuer. Ils vont avoir un petit garçon, Jean-Marie Guyot, qui sera un philosophe très célèbre à la fin du XIXe siècle. À l’époque, le divorce n’est pas institutionnalisé et elle devra attendre longtemps, avec la promulgation de la loi Naquet en 1884. Elle pourra ensuite épouser l’homme qu’elle aime, son cousin germain, Alfred Fouillet, qui a également été un grand philosophe. Vous soulignez qu’il s’agit d’une femme très pieuse… C’est son éducation et c’est aussi l’éducation de nombreuses jeunes filles de l’époque. Elle est profondément sincère. La religion lui sera d’un grand secours pour traverser tous les malheurs qu’elle a eus dans sa vie. Dès le départ, elle a un don pour l’écriture. Elle écrit des romans qui ne seront jamais édités, car à l’époque il était difficile de se faire éditer pour une femme. Sa vocation était surtout de transmettre. Elle avait vraiment la vocation d’être enseignante. Elle arrivait à enseigner d’une façon très ludique, en racontant des histoires. C’est sans doute ce qui explique le succès du livre. Elle a été la première à avoir eu l’idée de mettre des enfants à l’honneur pour raconter des aventures. Ce livre a-t-il inspiré d’autres écrivains, même à l’étranger, pour des succès comme « Le Club des Cinq » ? Oui, puisque son livre a été traduit dans différentes langues. Elle a vraiment été un modèle. D’autres personnes ont essayé de l’imiter, sans réussir à avoir le même succès, parce que son « Tour de la France par deux enfants » a vraiment marqué la mémoire collective. C’était aussi la référence dans les écoles publiques, comme dans les écoles religieuses. Elle respectait totalement les consignes de l’instruction publique, en publiant de nombreuses références, et elle a donné envie aux jeunes de découvrir les richesses de la France, tout en enseignant la morale. Elle commence au début de chaque chapitre une leçon de morale, notamment sur le fait d’être courageux, charitable et d’aller jusqu’au bout. On est toujours récompensé de ses efforts. C’est une femme très enthousiaste car, même si la vie est dure, elle voit toujours l’avenir comme plein de promesses, en expliquant qu’il sera toujours meilleur que le présent et le passé. C’est vraiment très encourageant. C’est à travers les différentes mutations de son époux dans toute la France qu’elle a eu l’idée d’écrire ce livre… Oui, c’est ce qui lui a donné l’idée de créer cette aventure avec ces deux petits Lorrains. Au gré des mutations d’Alfred Fouillet, son mari, qui

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