La Baule+

la baule+ 4 // Février 2022 La Baule + : Le grand public se passionne pour les sondages, mais il sait aussi que les sondages se trompent de plus en plus souvent… Cependant, ils semblent indiquer une tendance. Qu’en pensez-vous ? Alexandre Dézé : C’est un instrument qui mesure des rapports de force. Plus un sondage est fait en amont d’un scrutin, plus il est imprécis, car on est sur un outil qui mesure des rapports de force de manière relativement vague. Cependant, on fait tous attention aux sondages, c’est une boussole indispensable, tant pour les acteurs politiques que pour les médias. J’avais envie de rendre accessible au grand public ce que l’on sait des modalités de production des sondages, car certains aspects sont toujours opaques, en dépit de l’existence d’une législation qui pèse sur les conditions de production de ces sondages. On est arrivé à un niveau de production beaucoup trop important et pourtant les sondages se trompent souvent... Même si les sondages ne sont pas précis, on peut convenir qu’Emmanuel Macron s’inscrit dans une zone large de 25 % et que Jean Lassalle se situe dans une zone large de 2 %… Les sondages sont quand même réalisés par de bons analystes politiques qui ont suivi des formations en sciences politiques. Malgré Politique ► Un expert souligne que les sondages se trompent de plus en plus… Alexandre Dézé : « L’influence d’un sondage, par rapport aux déterminants sociaux d’une personne, est minime. » Jamais les sondages n’ont occupé une telle place dans la vie politique et, pourtant, ils se trompent de plus en plus… C’est ce que démontre Alexandre Dézé dans un ouvrage où il indique que leurs prévisions ne se révèlent correctes, à six mois d’une élection présidentielle, que dans un cas sur huit. Alexandre Dézé est maître de conférences en science politique à l’Université de Montpellier, chercheur au CEPEL (UMR 5112) et enseignant à Sciences Po Paris. Docteur en science politique de l’Institut d’Études Politiques de Paris (2008), il est également titulaire d’un DEA d’Histoire du vingtième siècle et d’un DEA d’Études politiques de l’IEP de Paris. Il est chargé de conférence à l’IEP de Paris. Il a également été attaché temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université de Tours (2001-2003) et visiting fellow à l’Université de Princeton (2003-2004). « 10 leçons sur les sondages politiques » d’Alexandre Dézé est publié aux Éditions De Boeck Supérieur. tout, quand on regarde les résultats bruts, on se rend compte que les intentions de vote pour les candidats de gauche ou du centre sont toujours surestimées et qu’à l’inverse les intentions pour les candidats d’extrême droite sont souvent sous-estimées… Ceux qui fabriquent les sondages les corrigent en fonction de leur propre analyse des rapports de force On a eu l’exemple inverse avec Thierry Mariani, en région PACA l’année dernière, puisque tous les sondages le donnaient gagnant… C’est un cas d’erreur typique. Les sondages sont corrigés, avec des coefficients de redressement, et l’on s’aperçoit que ceux qui fabriquent les sondages les corrigent en fonction de leur propre analyse des rapports de force. Un ancien responsable de TNS Sofres disait qu’il y a des recettes, mais aussi une part de pifomètre… Effectivement, il n’est pas très difficile de penser que Jean Lassalle est aux alentours de 2 % et qu’Emmanuel Macron ne s’en sort pas trop mal après la gestion de la pandémie. À droite, Valérie Pécresse ne fait pas une mauvaise campagne. Ce sont des éléments que l’on perçoit de manière quotidienne et c’est ce qui permet aux sondeurs de corriger le résultat. La grande inconnue, c’est la participation électorale. On sait que ce qui a perturbé les évaluations des instituts, c’est cette question de la participation, notamment dans un contexte pandémique très particulier. On croit souvent que les sondages donnent une perception de l’opinion à un instant T, or vous démontez cette idée reçue… Un sociologue rappelle justement que si c’est une photographie de l’opinion, elle est souvent floue et souvent mal cadrée. L’opinion est une construction. Cette expression permet d’excuser les erreurs des sondeurs. Certaines personnes répondent en essayant de se conférer une stature intellectuelle, en fonction des autres sondages, mais aussi par crainte d’être cataloguées dans un mauvais camp… C’était particulièrement vrai quand les enquêtes étaient réalisées par téléphone ou en face-à-face. Il y avait une sorte de contrôle social qui s’exerçait par l’enquêteur. C’est moins le cas maintenant, d’abord parce que le Rassemblement national a beaucoup progressé et, en plus, Zemmour a pris le versant radical de cet électorat. La très grande majorité des sondages sont aujourd’hui réalisés par Internet et il est important de souligner que n’importe qui peut s’inscrire sur les sites Internet des instituts, où vous pouvez aussi rentrer à peu près n’importe quelle identité... Pour le livre, j’ai fait le test, en remplissant n’importe quoi et, ensuite, j’ai été sollicité pour répondre à un certain nombre de sondages. Les sollicitations sont quotidiennes et, en échange, vous allez pouvoir gagner des points que vous allez pouvoir monnayer contre des cadeaux. Par exemple, dans un sondage, j’ai répondu que j’allais voter pour le parti animaliste, alors que je ne connais pas son programme, et que j’étais protestant, alors que je suis athée... Les réponses ne sont jamais contrôlées Et un soir, vous allez entendre sur BFM TV un spécialiste expliquer que les protestants sont très attirés par le parti animaliste… Voilà ce que cela donnerait, si l’on était plusieurs à faire ça ! Donc, vous pouvez répondre des choses parfaitement contraires aux différentes questions et les réponses ne sont jamais contrôlées. La manière dont on répond à une enquête n’est pas du tout la même, lorsque l’on est face à un enquêteur, ou lorsque l’on est seul devant son ordinateur. Un certain nombre de personnes participent à ces sondages, non pas pour donner leur opinion, mais pour obtenir des points qui seront monnayables. Vous pouvez gagner des cadeaux en passant une partie de votre journée en répondant à des sondages. Donc, le sondage est un outil qui pose un certain nombre de problèmes... Les sondages sont un instrument de sélection du personnel politique Pourtant, tout en sachant cela, les politiques prennent souvent leurs décisions en fonction des sondages et ils

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