la baule+ 14 // Février 2022 Cinéma ► Rencontre avec deux talents du cinéma français Sophie Guillemin et Thierry Godard : « On ne peut pas vivre sans amour » Sophie Guillemin est actrice et réalisatrice. Elle a commencé sa carrière avec L’Ennui de Cédric Kahn, avant d’enchaîner de nombreux rôles au cinéma et à la télévision. Au théâtre, elle a été remarquée dans la célèbre pièce Les monologues du vagin. Elle signe son premier long-métrage, Sans Toi, avec son compagnon Thierry Godard. L’acteur Thierry Godard a joué dans de nombreux films, au cinéma et à la télévision. Il est surtout connu pour avoir incarné le personnage du policier Gilou dans la série Engrenages entre 2005 et 2020. Le film Sans Toi est sorti le 12 janvier en salles. Sophie Guillemin explique: «C’est un film sur l’impossibilité de vivre sans amour. Je suis partie de l’histoire d’un homme, Antoine, cinquantenaire, qui a perdu le plus grand amour de sa vie parce qu’il n’a pas su être à la hauteur. Après cette perte, il s’est reconstruit un personnage d’apparence, soi-disant à fond dans son business. Et puis, un rendez-vous de boulot qui foire, un appel étrange, vont rouvrir sa blessure et il part de manière éperdue à la recherche de son ancien amour…» Nous avons rencontré Sophie Guillemin et Thierry Godard à l’occasion de leur passage à La Baule. La Baule + : On a beaucoup parlé de votre film en le présentant comme une histoire d’amour, mais je préfère retenir la spiritualité qui s’en dégage, à travers des messages sur les âmes qui se reconnaissent, sur des terres que l’on ne connaît pas et qui nous attirent… Sophie Guillemin : C’est très bien vu, cela nous correspond tous les deux car, au-delà de l’histoire d’amour, qui est quelque chose d’assez classique au cinéma, nous avons tous les deux beaucoup de spiritualité. Thierry a déjà vécu ce sentiment de se sentir chez lui alors qu’il se trouvait dans un endroit qui lui était pourtant étranger, en Suède, où il a une maison depuis une dizaine d’années. Quand il est arrivé en Suède la première fois, il s’est tout de suite senti chez lui. Je crois complètement à ce que l’on appelle le destin. Je crois que des gens peuvent se rencontrer et que c’était écrit. Thierry Godard : Il y a des lieux dans le monde où l’on se sent chez soi. On peut naître Français, Anglais ou Cambodgien, mais on peut se sentir chez soi ailleurs. C’est une donnée très importante. Pourquoi y a-t-il une rencontre, à un moment donné, avec un endroit et pourquoi, à cet endroit précis, rencontre-t-on aussi une femme ? Pourquoi ce coup de cœur pour la Russie dans votre film ? S. G : D’abord, nous avons été en amoureux à Saint-Pétersbourg, pour la Saint-Valentin. Nous ne connaissions pas la Russie et nous sommes arrivés avec des a priori assez débiles sur les Russes... Mais nous avons eu un coup de cœur énorme. Nous avons découvert un peuple d’une grande douceur, ces gens marchent en souriant dans la rue alors qu’il fait moins degrés... C’est une ambiance incroyable. Évidemment, les paysages sont vraiment magnifiques, surtout l’hiver, avec la neige, les lacs et les mers gelés. Les Russes ont une force qui émane d’eux, même dans leur caractère Un certain moment, dans le film, Thierry dit qu’il aime bien le côté un peu viril et provocateur de Poutine… T. G : Je ne suis pas « poutiniste », mais si l’on parle du personnage, il incarne effectivement une forme de virilité. Les Russes ont une force qui émane d’eux, même dans leur caractère. J’ai connu quelques Russes dans ma vie, ce sont des gens assez extrêmes. Je ne parle pas de politique, mais du personnage. Comment le tournage s’est-il passé ? Comment avez-vous obtenu les autorisations de tourner en Russie ? S. G : Cela a été très libre. Honnêtement, on n’a pas demandé d’autorisation ! On a demandé des visas touristiques, tout simplement, et les choses se sont très bien passées sur place. Il y a toujours une forme de respect lorsque l’on dit que l’on est Français… S.G : Oui, il faut bien l’admettre, cela fait chaud au cœur ! On véhicule une culture qui est vraiment admirée par pas mal de pays. Il y a beaucoup de gens dans le monde qui regardent les Français comme des gens très élégants, instruits et cultivés. J’espère qu’ils ne se trompent pas... L’autre message que je retiens porte sur l’image de l’homme : on est à une époque où l’homme blanc de plus de 50 ans est caricaturé, comme un être froid, qui harcèle les femmes… Alors que vous présentez un personnage au cœur tendre… S. G : J’aime les hommes, je n’ai pas de souci avec eux. La plupart d’entre eux ont une grande sensibilité. Thierry a une sensibilité énorme et j’ai trouvé que c’était beau de lui faire interpréter ce personnage. Au début du film, il a un caractère un peu dur, assez autoritaire, très pro dans son boulot, c’est un côté pas très sympathique. Mais, plus il se perd, plus il se retrouve face à lui-même, plus sa sensibilité ressurgit et prend tout le pas sur son être. T. G : C’est vrai, ce n’est pas très loin de moi, je suis un poète dans un corps de bûcheron... C’est très agréable d’être vu avec un regard de femme, surtout sa femme. Donc, il y a beaucoup de bienveillance et une envie demontrer une facette de moi qu’elle aime particulièrement. C’est le propre d’un très grand acteur que d’arriver à insuffler de l’humanité, même chez un très grand méchant On vous donne souvent ce genre de rôle… T. G : Récemment, on m’a donné quelques rôles de méchants, mais j’arrive quand même à leur trouver des circonstances atténuantes et à en faire des méchants que l’on finit par bien aimer… S. G : C’est le propre d’un très grand acteur que d’arriver à insuffler de l’humanité, même chez un très grand méchant, parce que c’est ce qui se passe dans la vie. Tous les plus grands méchants de l’histoire adoraient leurs petits-enfants ou leur chien. Ils avaient tous une part d’humanité et c’est ce qui est terrible aussi. L’art doit aussi refléter cela, sinon cela devient caricatural et ce n’est plus intéressant. Il y a une référence à l’avortement dans votre film : au moment où l’on prend cette décision, on ne se rend pas compte que l’on va porter cet acte au fond de soi toute sa vie… T. G : Dans un couple, sur l’arrivée d’un enfant, l’un est d’accord à un moment donné, l’autre n’est pas d’accord à un autre moment. Après, les envies se croisent et l’on finit par le faire ou pas. L’aboutissement pour un couple, c’est d’avoir un enfant à un moment donné, parce que c’est le destin d’un homme et d’une femme, c’est l’aboutissement d’un amour. Dans le film, le personnage que j’interprète a le sentiment d’être passé à côté de cet amour à cause de cet enfant qu’il n’a pas voulu, par égoïsme peut-être, cela se discute, mais il explique cette histoire d’amour avortée par cet avortement. Les plates-formes de streaming prennent le pouvoir dans l’audiovisuel Qu’allez-vous faire maintenant, Thierry ? T. G : En ce moment, les plates-formes de streaming prennent le pouvoir dans l’audiovisuel. Je viens de travailler pour Disney Star sur l’affaire Malik Oussekine et, bientôt, je vais tourner pour Amazon : je vais interpréter le patron des forces spéciales, lorsqu’ils arrivent à Mossoul, avec les Américains. Le tournage se fait au Maroc, même si c’est un peu compliqué en ce moment avec la crise sanitaire. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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