La Baule+

la baule + 24 // Septembre 2021 La Baule + : Vous avez une actualité riche entre la sortie de « Toi et Moi », la prépara- tion d’un album et votre tournée… C’est donc le Marc Lavoine chan- teur que l’on va beau- coup entendre pendant quelques mois… Marc Lavoine : Il y a ef- fectivement une compila- tion qui vient de sortir, avec la chanson « Toi et Moi ». Il y a aussi un album que j’ai enregistré et qui paraîtra en janvier prochain. Et puis je tourne un film tout en pour- suivant ma tournée, c’est une nouvelle façon de tra- vailler, et cette tournée fera aussi l’objet d’un disque. Je reprends des chansons de mon répertoire et je les mé- lange avec des grandes chan- sons françaises que j’aime beaucoup. Dans ma tournée, il y a les deux formules : celle avec des chansons à moi, et puis la formule à deux, pia- no et voix, avec Alain Lanty, où je reprends des chansons, comme des classiques de Juliette Greco, de Serge Re- ggiani ou d’Yves Montand, mais aussi mes propres chansons. Vous serez en concert à La Baule le 18 septembre prochain. Qu’allez-vous nous proposer ? On va essayer de trouver l’accord avec le public, car la clé d’un spectacle, c’est bien de trouver le public dans la simplicité et de le décou- vrir à chaque fois. J’estime ne jamais être arrivé dans la vie. Je n’ai pas de certi- tudes, mais j’ai le plaisir de faire un métier incroyable, en passant de la chanson au cinéma, puis à la littérature et à la télévision. Ma parti- cipation dans « The Voice » m’intéresse beaucoup, parce que ceux qui viennent chan- ter nous racontent leur vie et nous racontent quelque chose de nous-mêmes. J’aime la voix, et la scène est quand même l’endroit où je me sens le mieux. Il faut des convictions, il faut beaucoup de doute, il faut écouter et il faut apprendre. J’ai des enfants et j’essaye de leur transmettre certains prin- cipes, comme dire bonjour aux gens, les regarder dans les yeux et les considérer. Il ne faut pas oublier qui nous sommes. Nous traversons une période compliquée, mais c’est aussi un moyen de réapprendre ce que l’on de- vrait être. Il faut garder son passé, mais il faut aussi ne pas avoir de ressentiment Vous avez toujours abor- dé votre métier avec hu- milité : est-ce lié à votre passé, mais pas seule- ment, puisque je pense aussi àvos référenceshis- toriques et politiques… Oui. J’ai eu la chance d’être élevé par des parents qui m’ont beaucoup aimé et qui m’ont ouvert à la culture. Ils avaient leurs idées politiques. Mon père a fait la guerre d’Algérie, il était contre. Mes parents ont longtemps lutté contre les discriminations et contre les injustices sociales. Culture ► L’artiste sera en représentation à Atlantia samedi 18 septembre Marc Lavoine : « Il n’y a pas d’avenir sans souvenirs et sans mémoire. » M arc Lavoine sera en re- présentation à Atlantia le samedi 18 septembre dans le cadre de sa tournée « Dans la peau ». Avec ce spectacle, ac- compagné par Alain Lanty, Marc Lavoine nous invite chez lui pour nous faire découvrir les racines d’un monde empreint de poésie, où ses plus grandes chansons côtoient celles d’artistes qui lui sont chers. « Dans la peau », concert de Marc Lavoine, samedi 18 septembre 2021 à 20h30 à Atlantia à La Baule. Donc c’est vrai, les mouve- ments sociaux m’intéressent beaucoup. Je n’oublie pas cela, car il n’y a pas d’avenir sans souvenirs et sans mé- moire. Il faut garder son pas- sé, mais il faut aussi ne pas avoir de ressentiment, c’est la chose la plus importante, il faut aimer. Parfois je peux faire des bêtises, je peux ra- ter quelque chose, mais j’es- saye au maximum d’être tou- jours gentil. Chaque fois que je me suis inscrit dans une démarche, c’est dans une démarche collective Ceux qui vous suivent savent ce que vous pensez, mais vous pre- nez garde de ne jamais prendre de position po- litique sur un plateau de télévision… Sur un plateau, non. Mais, dans l’isoloir, je prends des positions politiques… En public, je prends toujours des positions au nom d’un collectif. Chaque fois que je me suis inscrit dans une dé- marche, pour l’hôpital, pour l’école ou pour l’autisme, c’est dans une démarche collective. Je ne parle jamais en mon nom. Je pense qu’il est important de partager sa parole avec des gens qui sont sur le terrain en évitant les effets d’annonce. Il faut agir plutôt que de parler, parce que parler sans agir c’est sim- plement mettre des mots les uns à côté des autres. C’est une sorte d’alphabet vide qui ne veut rien dire. Les mots prennent du sens quand on leur donne un mouvement et le mouvement c’est l’ac- tion. J’essaye depuis des années de m’inscrire dans des collectifs, dans des as- sociations, auprès des gens, non seulement pour tenter de résoudre des problèmes qui sont les leurs, mais aussi parce que ce sont les miens. Par exemple, avec le collectif « Mon cartable connecté », nous faisons quelque chose de très important àmes yeux. Abdel Aïssou, le président de la fondation, a inventé le cartable connecté. Cela sert aux gens, aux parents, aux instituteurs et aussi aux soi- gnants. C’est cette chaîne solidaire qui est importante, car il y a une vertu derrière. Il y a beaucoup de titres des années 80 qui vieil- lissent et qui marquent une époque. Or, lorsque l’on écoute des chansons comme « Le parking des anges » ou « Les yeux revolver », elles sont difficiles à dater… Je dois beaucoup cela aux compositeurs, mais aus- si aux réalisateurs de mes disques, c’est peut-être cela, c’est aussi la prise de son, mais il est vrai aussi que les époques se mélangent. Il y a des chansons que l’on écoute aujourd’hui et qui ont des sons qui appartiennent aux années 60, d’autres aux an- nées 70 ou aux années 80… Je suis assez content, cer- taines de mes chansons sont plutôt intemporelles : par exemple, « Qu’est-ce que t’es belle » est une chanson que je trouve encore très vivante. Elle vieillira certainement, mais pour l’instant, c’est vrai, elle est toujours vivante. Les chanteurs d’aujourd’hui nous redonnent goût aux textes On va vous voir dans quelques mois au ciné- ma dans le film de Gé- rard Jugnot « Le Petit Piaf ». Vous interprétez le rôle d’un chanteur un peu dépassé, qui a fait un ou deux tubes dans les années 80 et qui est d’une grande générosité. Est-ce un trait de caractère que l’on retrouve encore aujourd’hui dans le show-business ? Effectivement, il s’agit d’un chanteur qui a fait un tube, puis une dépression. Il se retrouve à La Réunion, il rencontre un jeune garçon qui veut devenir chanteur, mais il n’a pas très envie de l’aider, il est un peu ron- gé par l’aigreur. Grâce à ce jeune homme, il va évoluer et il va finalement se sauver. En faisant du bien à l’autre, il va aussi se faire du bien à lui-même. Maintenant, dans le métier, il y a beaucoup de gens formidables. J’ai la chance de travailler pour «The Voice », je vois des ca- marades que je connais de- puis longtemps, ce sont les meilleurs ingénieurs du son, les meilleurs musiciens, ils font partie des très grands, et, à chaque étage de cette aven- ture, il y a une formidable humanité. Il y a vraiment des gens extraordinaires. Les chanteurs d’aujourd’hui nous redonnent goût aux textes car, depuis Étienne Daho, il y a eu une sorte de trou, mais maintenant on re- trouve avec Clara Luciani ou Lomepal une nouvelle géné- ration de chanteurs à texte. C’est très rassurant. Mais le show-business, c’est comme dans tous les métiers, il y a des gens bien et des gens moins bien. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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