La Baule+
4 // Mars 2021 Dépenses publiques ➤ La France est-elle au bord du chaos ? Agnès Verdier-Molinié : « On est le pays qui taxe le plus, qui dépense le plus et qui emprunte le plus. » A gnès Verdier-Molinié collec- tionne les succès de librairie puisque son dernier livre «La France peut-elle tenir encore long- temps ? » est en tête des ventes. Les mesures drastiques de confi- nement et de couvre-feu coûtent énormément d’argent à l’État, no- tamment l'indemnisation des en- treprises et le chômage partiel. Or les experts savent que le pays ne pourra plus résister très longtemps. Déjà, l’Espagne vient de renoncer à cette politique par manque de moyens. Lorsque la France ne pourra plus emprunter, devons- nous nous attendre à un effondre- ment de l’État, avec des fonction- naires qui ne pourront plus être payés ? Faut-il craindre la saisie d’une partie de l’épargne des Fran- çais ? Agnès Verdier-Molinié est directrice de la Fondation IFRAP, think tank indépendant qui évalue les poli- tiques publiques. Ses travaux sont suivis de près par le Parlement et certains ministres. « La France peut-elle tenir encore longtemps ? Il faut agir et c’est pos- sible ! » d’Agnès Verdier-Molinié est publié aux Éditions Albin Mi- chel. La Baule + : Votre livre figure en tête des ventes: est-ce le signe que les Français commencent à s’inquiéter de cet excès de dépenses publiques ? Agnès Verdier-Molinié : Effectivement, c’est le mo- ment de se réveiller ! C’est pour cela que j’ai décidé d’écrire ce livre et de le pu- blier, alors que certains pour- raient dire que ce n’est pas le bon moment et que nous ne sommes pas encore prêts à réfléchir à tout cela. Au contraire, je pense l’inverse et c’est maintenant le mo- ment de s’interroger sur la suite de l’histoire. J’essaie de proposer des solutions qui sont chiffrées pour dire comment on peut s’en sortir. Je pense que la France peut s’en sortir, mais le sursaut doit être immédiat et toutes les décisions qui vont être prises dans les prochaines se- maines vont énormément compter pour notre avenir. Pourtant, on est tou- jours dans le « quoi qu’il en coûte… » À la fois oui et à la fois non. Je crois que la prise de conscience est énorme, no- tamment du côté de Bercy. Il y a beaucoup d’agents qui y travaillent depuis des années et certains sont venus me voir en me demandant de sonner l’alarme de la dette des fi- nances publiques, sinon on ne s’en sortira pas. Je sais à quel point ils ne peuvent pas parler, parce qu’ils sont à l’in- térieur du dispositif, mais j’ai toute liberté pour dire les choses. C’est ce que je m’em- ploie à faire dans ce livre en racontant ce que fait l’agence France Trésor, cette agence inconnue du grand public qui nous permet de récupérer de l’argent pour faire tourner le pays toutes les semaines. Mais cette agence n’est pas magicienne. Elle ne peut pas repeindre en rose la situation de la France en permanence en disant à nos investisseurs - ceux qui achètent de la dette française - que tout va très bien et que l’on va pouvoir continuer éternellement. D’une certaine manière, avec ce livre, je leur donne un coup de main pour faire compren- dre à l’opinion, mais aussi à ceux du gouvernement qui continuent d’être des dépen- siers patentés, qu’il va falloir penser différemment et que chaque euro d’argent public doit être dépensé de la meil- leure manière possible. Une semaine de confinement strict, c’est 16 milliards par semaine et 72 000 emplois qui sont menacés Un responsable de la majorité m’a confié : «Si, dans quelques années, on reproche à un minis- tre d’être responsable de 50 morts, il sera traîné au tribunal, mais si ce même ministre a endetté la France pour les 500 prochaines années, il ne lui arrivera rien… » Le problème, c’est que les milliards, cela ne parle à per- sonne. C’est pour cela qu’il faut faire de la pédagogie. J’explique qu’une semaine de confinement strict, c’est 16 milliards par semaine et 72 000 emplois qui sont mena- cés, et un confinement léger, c’est 7,5 milliards de richesse nationale qui s’envolent et 30 000 emplois qui sont mena- cés. Toutes les semaines, on met en péril notre économie et ce sont de futurs chô- meurs. Ce n’est pas tenable. Agnès Verdier-Molinié à L’Hermitage Barrière (image d’archives)
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