La Baule+
la baule + Juin 2021 // 27 Absolument pas, vous avez raison. On le voit particuliè- rement bien en ce moment même où des procès en dia- bolisation s’ouvrent prati- quement chaque jour. La diabolisation se caractérise par le fait que la culpabilité est décrétée d’emblée, sans qu’il y ait besoin de cause réelle effective. Le prétexte suffit. Tous les griefs, tous les procédés sont bons. Ainsi, on nous ressort l’esclavage, la colonisation, sans autres raisons ou motifs véritables autres que de diaboliser l’homme blanc, occidental. Juste coupable d’être ce qu’il est : blanc, occidental. La diabolisation abolit la notion même d’innocence. Nous sommes exactement devant le même processus « diabo- lique » (pardon pour le mau- vais jeu de mots) que lors des pires heures de l’Inquisition. Des inquisitions, devrais-je dire, celles des procès sta- liniens, hitlériens et du ca- marade Mao étant du même tonneau. Il faut être extrême- ment vigilant. C’est toujours par la voie de la diabolisation que, peu à peu, l’obscuran- tisme progresse, s’installe dans les sociétés, s’immisce dans les esprits. Vous consacrez aus- si tout un chapitre au marquis de Sade... Oui et j’y tiens beaucoup. Vous savez que dans les an- nées 68 et suivantes, dans le grand élan de permissivité tous azimuts où on ne s’em- barrassait plus à distinguer liberté et licence, libertinage et vice, Sade - qu’on se plai- sait à appeler alors le Divin Marquis - était encensé. Ce « divin » personnage était dans les faits le monstre ab- ject que je raconte dans ces pages. Mais on ne voulait pas voir cet aspect des choses. On en faisait l’icône de la liberté assumée en même temps que la référence absolue en ma- tière de littérature antibour- geoise. Mieux encore, on le voyait en victime de ceux, ses proches, qui l’avaient fait enfermer - dans un confort enviable, d’ailleurs - à l’hos- pice de Charenton, alors que, à y regarder de plus près, ces gens ne faisaient en réalité que le sauver d’un châtiment beaucoup plus violent : le couperet. Sade est le repré- sentant emblématique de ces moments de la vie des hommes, de l’histoire, où le Mal parvient à convaincre son monde qu’il est por- teur des suprêmes vertus du bien. La liberté, dans le cas de Sade. C’est là, diront cer- tains, tout le génie du diable. Dans ces moments d’ébriété collective, il a son rond de serviette aux tables les mieux fréquentées et il couche dans le lit des meilleurs d’entre nous. Parfois, le succès est si total qu’il parvient à embra- ser le monde entier. En 1987, le pape Jean-Paul II déclarait considérer le nazisme et les nazis comme une émanation du diable. Il y en a d’autres probablement. À chacun d’établir sa petite liste et son palmarès en la matière. Après cette longue ob- servation du person- nage, auriez-vous une définition à nous don- ner du diable ? Cela nous pourrait nous ai- der à nous tenir sur nos gardes... Hélas, non, je n’en ai pas. Et puis, je ne prendrai pas le risque de donner de lui une définition qui le contrarie- rait. Je tiens à pouvoir dor- mir tranquille... Cependant, il y a une approche avoisi- nante qui m’amuse beau- coup. Un jour, un mission- naire demande à l’un de ses catéchumènes ce que sont pour lui le bien et le mal. Ré- ponse : le bien, c’est quand je bats l’autre et que je lui prends ses femmes. Le mal, c’est quand l’autre me bat et me prend mes femmes. Le diable en rit encore, je sup- pose…
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