La Baule+
la baule + 22 // Juin 2021 La Baule + : Quand on pense à La Baule, on cite toujours Manuel, au bout de l’avenue de Gaulle et, évidemment, la famille Ortiz ! José Ortiz : Mes parents sont arrivés en 1937 au Pouliguen. Ils ont acheté une confiserie. Mon père était venu par hasard pour voir des cousins espagnols de sa vallée de Santander. En s’arrêtant au Pouliguen, il y avait une confiserie à vendre et il l’a achetée. C’était simplement un pla- cement financier. Mais en 1939, la guerre nous a coin- cés à Tours et mon père, qui était glacier au départ, a décidé de s’installer au Pouliguen. Par la suite, il a acheté la confiserie actuelle de La Baule et j’ai fait l’ou- verture du magasin Manuel en 1950. Nous sommes là depuis 70 ans ! Aujourd’hui, on a des sous-fifres au gouvernement Vous faites partie de ceux qui ont fait La Baule… Quel regard portez-vous sur la ville ? On fait des bouquins sur les villas de La Baule, mais on oublie de parler de tous ces commerçants qui ont été des âmes de La Baule, du boucher ou du boulanger, de tous ceux qui ont participé à l’évolution de cette ville ! Le regard que je porte sur La Baule est un peu celui que je porte sur la France. La Baule n’est plus ce qu’elle était du temps de François André, qui a été le pionnier de cette ville. Ensuite, il y a eu Olivier Guichard. Il s’in- téressait surtout à sa vie pa- risienne, il a laissé les sous- fifres de la mairie s’emparer de la gestion de la ville et ils n’ont pas été à la hauteur. Aujourd’hui, on a des sous- fifres au gouvernement, ce ne sont pas des Pompidou, ou de Gaulle, même si je n’en suis pas un amoureux car c’était plus un politique qu’un gestionnaire. Que pensez-vous de cette évolution de La Baule comme une ville où l’on vit à l’année ? J’imaginais plus une station balnéaire, avec ses avan- tages et ses inconvénients, qu’une ville où l’on vit à l’an- née, car si l’on transforme La Baule en ville à l’année, on risque de retrouver les in- convénients que l’on a dans toutes les villes de France. Pour moi, La Baule est avant toute une station balnéaire. Dans une station balnéaire, comme dans un commerce, on doit faire plaisir au client et non pas à la mode. Il y avait des loufiats à Nantes qui voulaient prendre mon pâté de maison pour faire le coup du siècle Lorsque l’on parle de vous, vous avez l’image d’être l’empêcheur de tourner en rond… Oui, j’ai toujours émis mes avis ! À l’époque, j’allais voir le chef des colleurs d’affiches de Guichard au Khédive. C’était le lieu où tout se dé- cidait. Chaque matin, on se retrouvait tous et je disais ce que je pensais. Mais je ne me faisais pas que des amis... Olivier Guichard était un politique, c’était loin d’être un imbécile, il avait autour de lui des gens au garde-à- vous et il se reposait sur eux. Mais je ne me suis jamais laissé imposer les choses ! Sur mon image d’empê- cheur de tourner en rond, il faut savoir que les repor- tages de Ouest France ne correspondaient pas avec ce que je vivais. J’ai passé ma vie ici, j’ai beaucoup tra- vaillé, mais il y avait des lou- fiats à Nantes qui voulaient prendre mon pâté de mai- son pour faire leur projet ur- banistique et faire le coup du siècle. Derrière tout cela, il avait une question de fric. Je n’ai pas été Zorro : je voulais simplement récupérer mon argent et je ne voulais pas être volé pour une poignée de cerises. D’où l’affaire de ce combat pour le 6 bis. À force de se battre, on a gagné la dernière procédure contre Guichard, en faisant annuler l’utilité publique. Il y a les trains le dimanche qui sont pratiquement gratuits et ça nous ramène des gens qui ne sont pas les bienvenus La Baule est-elle tou- jours une station chic à vos yeux ? Non, cela n’a pas évolué dans le bon sens. Je me sou- viens du casino : les gens arrivaient bien habillés, les femmes étaient en robe longue, il y avait des voitu- riers, il y avait une boîte de nuit très sélecte au golf... Tout cela est parti… Cette clientèle venait à La Baule pour être tranquille. Main- tenant, les gens se déplacent La Baule ► Rencontre avec José Ortiz à l’occasion de la sortie du court-métrage « Les Yeux dans l’eau » José Ortiz : « Dans le temps, les femmes et les hommes avaient de l’allure. Maintenant, ça traîne en tongs et en survêtement ! » D ans le numéro de septembre 2020 de La Baule+, nous évoquions le tour- nage du court-métrage d’Olivier Rodriguez, « les Yeux dans l’eau », avec notamment José Ortiz. Le film n’avait alors pas pu être présenté dans les salles en raison de la crise sanitaire. Avec la réouverture des ciné- mas, Olivier Rodriguez annonce trois séances à Guérande : samedi 12 juin à 20h et dimanche 13 juin à 16h et 18h. En première partie, la projection des « Yeux dans l’eau » et, en deu- xième partie, « L’Instant présent », un long-mé- trage avec Alice Rau- coules, Florian Hessique et Martin Lamotte. No- tons que l’acteur Florian Hessique est présent dans ces deux films. José Ortiz, l’homme qui a créé la boutique Manuel avec son père, est un per- sonnage emblématique de La Baule et l’annonce de la sortie ce film, dans lequel il interprète le rôle de Tom à l’âge de 85 ans, nous donne l’opportu- nité d’aborder certains souvenirs avec lui. José Ortiz et Olivier Rodriguez, réalisateur du court-métrage « Les Yeux dans l’eau »
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