La Baule+
la baule + 6 // Juillet 2021 É videmment, nous ne confondrons pas abs- tention et abstinence, pourtant il n’y a pas bien loin de l’une à l’autre. À ceci près que la première concer- nerait plus particulièrement la politique et la seconde davantage la morale. La po- litique et la morale qui (est- il besoin de le souligner - les faits nous le démontrent chaque jour un peu plus ?) sont aux antipodes l’une de l’autre. Passons sur ce détail. Tout le monde en convient - même le minis- tère en charge du job - l’abs- tention est ce qui caractérise le mieux le récent scrutin des élections régionales z’et départementales. (Je tiens beaucoup à la liaison. Cela me semble rehausser un peu le niveau de l’affaire). Il s’agissait d’une tentative de coup double abondamment présentée comme devant simplifier la démarche des électeurs et donc contribuer à remplir les urnes. Raté. Dans les bureaux de vote, à l’heure du dépouillement au terme d’une journée d’un morne éprouvant, on eut l’ambiance funèbre des soirs de fêtes pourries et des ren- dez-vous manqués. Même les plaisanteries faciles au- tour du thème d’urnes qui auraient été plus funéraires qu’électorales ne déridaient personne. (Si, moi, mais je n’en suis pas plus fier que ça.) Alors les sachants ont sorti leurs analyses fou- droyantes. Toutes plus per- tinentes les unes que les autres. Dont acte. Toutefois, je me permets quand même d’avoir la mienne. Vous verrez, c’est lumineux. Et voici l’instant où j’en re- viens à la distinction subtile (mais si...) énoncée en début de délire entre abstinence et abstention. Voyez-vous, dans l’histoire qui nous oc- cupe, la seconde n’est autre que la conséquence naturelle et prévisible de la première. Je sens qu’une petite expli- cation ne serait pas super- fétatoire. (Grandiloquent, l’adjectif, je sais. Mais ici, même remarque que pour la liaison : ça rehausse, ça rehausse...) Voilà. Je pense en effet qu’on a bien tort de s’étonner de ce taux record d’abstention. En vérité, il était inscrit dans le cours des choses. Il n’était que le prolongement logique d’un comportement individuel et social auquel, bon gré mal gré, nous avions appris à nous conformer. Vous allez saisir. Que nous serine-t-on depuis maintenant pas loin de deux ans à longueur de temps ? « Abstenez-vous!» Abstenez-vous de vous te- nir à moins d’un mètre cin- quante de votre prochain. Abstenez-vous de sortir bouche et nez à l’air. Abste- nez-vous de traîner dans la rue après des heures indues comme dix-huit ou dix-neuf heures. Abstenez-vous de rendre visite à ceux que vous aimez. Abstenez-vous de cir- culer à plus d’un kilomètre de chez vous. Abstenez-vous de rouler une pelle à qui- conque ne vous aura pas présenté un test PCR néga- tif de moins de trois quarts d’heure assorti d’un certifi- cat de double vaccination. Abstenez-vous de fréquenter le thé dansant des EHPAD. Abstenez-vous de vous re- cueillir sur la dépouille des défunts qui ont été le sel de votre vie. Abstenez-vous de restaurants, de spectacles, de cinémas, de concerts, de teufs en tout genre... Mais aussi, plus insidieusement, abstenez-vous donc de pen- ser, de décider de votre vie Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière D’un mot l’autre par vous-même, nous le fe- rons pour vous. Un collège d’experts ad hoc, tous grands spécialistes en abstinence salutaire s’en chargera. Eh oui, voilà de quoi ont été faites nos vies ces derniers temps. Aus- si, comment vouliez-vous que, sur un claquement de doigts, nous cessions de nous abstenir ? Le bon vieux savant Pavlov et sa merveil- leuse petite chienne vous l’expliqueraient beaucoup mieux que moi. Et c’est là, donc, que le glissement sé- mantique d’abstinence à abstention s’opère. Bon, vous l’aurez compris. Je ri- gole. Je l’avoue. J’en profite en fait. Car s’il y a bien une chose que jamais personne ne pourra nous comman- der de nous abstenir, nous Français, c’est bien de rire!... Oups ! À peine ces mots po- sés sur la page, je réalise que rien n’est plus faux dé- sormais. Là encore, la doc- trine, le mot d’ordre sera «Abstenez-vous ! ». Abste- nez-vous de rire de plaisan- teries qui pourraient éven- tuellement, possiblement, potentiellement présenter, en filigrane, à la marge, une once de risque de stigma- tiser telle ou telle catégorie d’individus ou telle ou telle communauté à victimisation exacerbée. Je vous laisse en établir la liste vous-même. Attention, cela pourrait vous prendre une bonne partie de vos vacances. Pour ma part, je préfère m’abstenir (voyez, ça me reprend déjà). Cela dit, permettez-moi vous souhaiter, à toutes et à tous, un très bel été. Et si d’aventure vous avez à vous abstenir, je vous en prie, ne le faites qu’avec circonspec- tion et une extrême modé- ration. La 25e édition d’Écrivains en bord de mer se dérou- lera du 8 au 11 juillet à la Chapelle Sainte-Anne à La Baule. Contrairement aux autres années, il n’y aura pas cet été de thématique pré- cise, explique Bernard Mar- tin, organisateur de la mani- festation : « Il était difficile d’avoir un thème spécifique, parce que beaucoup de livres ne sont pas sortis lors du premier confinement et il y a eu de nombreuses sorties ensuite. Mais tous les livres sont en prise directe avec notre époque en rendant compte de ce qu’elle a de dif- ficile, mais aussi de positif, car nous vivons une époque complexe, entre la menace pandémique et la menace terroriste. Donc, forcément, la littérature rend compte de cela. » Tous les prix littéraires ont eu énormément de succès L’éditeur nantais se réjouit de constater que le livre se porte bien : « Les librai- ries ont très bien marché. C’étaient des commerces essentiels pendant le confi- nement, donc elles ont pu rester ouvertes. Le contexte sanitaire a quand même compliqué le travail de recommandation des li- braires et ce sont les livres qui se vendent le plus qui se sont encore plus vendus. Le public a eu tendance à aller en masse vers les mêmes ouvrages, plutôt que ceux qui nécessitent un travail de recommandation de la part des libraires. Le développe- ment personnel caracole en tête, évidemment, mais il y a vraiment beaucoup trop de livres dans ce domaine... Dans le domaine de la lit- térature, cela a très bien fonctionné et cela faisait longtemps qu’un prix Gon- court n’avait pas atteint le million d’exemplaires ven- dus. C’est extraordinaire. Tous les prix littéraires ont eu énormément de succès. Malheureusement, les ou- vrages plus confidentiels se sont retrouvés davantage plongés dans la confidentia- lité… » 25e édition d’Écrivains en bord de mer
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