La Baule+

la baule + 18 // Juillet 2021 C ’est une découverte majeure qui vient d’être réalisée par les archéologues de l’Inrap à La Baule. On le sait, lors- qu’un promoteur dépose un projet de construction sur un terrain, particulièrement dans notre région, un dia- gnostic archéologique est prescrit dans 8 % des de- mandes. Quand c’est le cas, des tranchées très fines sont réalisées pour évaluer le potentiel archéologique et, lorsqu’il n’y a pas ou peu de vestiges, le site est rebouché pour laisser place à l’amé- nagement. Un promoteur a obtenu son permis d’aména- ger en mai 2019 en pensant commencer les travaux en septembre suivant, pour un programme de 56 logements entre le Chemin du Parc au Mil et la route de Quesquel- lo. Or, il a dû se soumettre à un diagnostic archéologique qui a révélé la présence de vestiges importants. À partir de là, la mise en route de son programme a été retardée, puisque les archéologues de l’Inrap sont intervenus. Le résultat est qualifié comme « une découverte majeure » qui révèle « un site de pre- Histoire ► Une découverte majeure à La Baule Les archéologues découvrent les vestiges d’une importante agglomération gauloise à La Baule pas bougé, les sites ont été abandonnés, les techniques de construction sont en terre et en bois... Donc, les vestiges vont disparaître progres- sivement. Le labour vient détruire les vestiges et on ne trouve plus rien de ce qui était aménagé au-dessus du sol, on retrouve simplement les fondations des amé- nagements. Pour l’époque gauloise, ces éléments sont des trous qui ont été creu- sés dans le terrain naturel et qui ont été suffisamment profonds pour laisser une trace au sol. On trouve les traces des enclos pour déli- miter les espaces des fermes, mais aussi des fossés pour délimiter les champs. La plupart des bâtiments sont construits avec des poteaux plantés dans le sol, donc on trouve la fosse qui a servi à caler le poteau. On peut aussi trouver des fosses de stockage, notamment pour des denrées alimentaires, puisque la température est moins élevée en creusant dans le sol. On retrouve aus- si le mobilier de l’époque, des objets perdus, ou des objets abandonnés, dans des fosses. On arrive à caracté- riser les occupations et à les dater, ce qui nous permet d’avoir de nombreuses indi- cations sur la manière dont les gens vivaient, la forme de leur vaisselle, le degré de ri- chesse et les activités écono- miques. » Des bâtiments de 100 mètres carrés avec une seule pièce d’habitation L’établissement agricole identifié Chemin du Parc au Mil correspond à un type d’habitat classique du monde rural gaulois. De plan quadrangulaire, la ferme est délimitée par un fossé d’enclos et est explo- rée sur environ 2000 mètres carrés. Elle abrite plusieurs constructions sur poteaux se rapportant à des maisons ou édifices annexes (greniers, bâtiments fonctionnels), bâ- tis en terre et bois. Elle est entourée d’espaces agraires (champs) dans lesquels s’in- sèrent quelques bâtiments épars, pouvant s’apparenter à des lieux de résidence du personnel agricole. La parti- cularité de cette occupation est qu’elle évolue jusqu’au changement d’ère, soit près de 50 ans après la conquête romaine de la Gaule, et disparaît à un moment où s’opère la restructuration administrative et territo- riale imposée par le nouveau pouvoir politique. Elven Le Goff ajoute : « On est sur une architecture de terre et de bois, et les maisons sont fondées par des poteaux plantés dans le sol. On re- lie les poteaux à une poutre à 3 mètres de hauteur qui permet de supporter tout le poids de la charpente du bâtiment. On peut arriver à construire des bâtiments de 100 mètres carrés avec une seule pièce d’habitation et il y a même de la décoration intérieure.» Une importante agglomération gauloise sur 2,5 hectares Les recherches ont aussi permis d’identifier les ves- tiges d’une importante ag- glomération gauloise sur 2,5 hectares, sur une période qui se situe entre 3000 ans avant J.-C. et 2000 après J.-C. : «La découverte de fragments de poteries et d’amphores témoigne d’un contexte domestique et de la présence d’habitats. Mais le secteur livre également des vestiges liés à des activités artisanales. Des déchets de forge - ou scories - indiquent la présence d’une activité liée à la métallurgie du fer. Un atelier de saunier a aus- si été identifié : il est consti- tué d’un four à sel, formé d’une fosse de travail et d’un alandier qui précèdent une chambre de combustion. Il s’agit d’un four à grille, destiné à la production de pains de sel calibrés dans des moules en argile (au- gets) et qui peuvent être exportés jusqu’à 150 kilo- mètres du littoral. Le sel est, pour l’époque, un élé- ment fondamental pour la conservation des denrées carnées (salaisons). Le bon état de conservation du four permet une observation fine de la structure et laisse notamment apparaître les traces de son façonnage ». Une véritable petite ville d’environ 2500 habitants Ainsi, il y avait une véritable petite ville d’environ 2500 habitants : « Ce sont des sites à vocation artisanale et commerciale qui sont installés le long des routes Elven Le Goff, responsable de recherche archéologique à l’Inrap mière importance pour la connaissance de l’organisa- tion politique et économique des territoires anciens. » Elven Le Goff, responsable de recherche archéologique à l’Inrap, rappelle : «L’homme est en Europe depuis 600 000 ans. Il s’est sédentarisé à l’époque du Néolithique, 6000 ans avant J.-C. et, à partir du moment où il s’ins- talle, il laisse des traces plus prégnantes dans le paysage et dans le sous-sol, parce qu’il va définir des limites de propriété et les limites de son espace de vie. On voit apparaître des collectivités humaines, une organisation, le principe de propriété, donc on va définir des enclos pour matérialiser l’emprise de l’habitat, mais aussi des espaces pour se protéger des animaux extérieurs. » On observe que le tissu ru- ral est très dense à l’époque gauloise : « Sur certains secteurs, on apprend qu’il y a une densité d’habitat qui est parfois supérieure à celle que l’on connaît pour les fermes du XIXe siècle. » Les recherches n’ont pas né- cessité de creuser en profon- deur, mais seulement à 20 ou 30 centimètres : «Les gens marchaient sur le niveau actuel, le niveau de sol n’a On retrouve aussi le mobilier de l’époque, des objets perdus

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