La Baule+

la baule+ 32 // Décembre 2021 Culture ► L’humoriste en spectacle le 17 décembre à Atlantia Anne Roumanoff : « C’est très beau et c’est très chic, La Baule. » La Baule + : Cela doit vous faire le plus grand bien de remonter sur scène après les mois particuliers que nous venons de vivre… Anne Roumanoff : C’est vrai, il était très compliqué de ne pas faire de spectacles! Mais c’est le cas pour tous les artistes et nous avons tous retrouvé la scène avec beaucoup de bonheur. Le spectacle s’appelle « Tout va presque bien ! ». J’ai repris « Tout va bien ! » et il y a à peu près une demi-heure de sketches nouveaux. Quand j’avais fait « Tout va bien!», Édouard Philippe était Premier ministre, mais tout a changé depuis... J’avais aussi envie de parler de la période que nous venons de vivre et des différentes manières dont les gens ont réagi à cette épidémie. Le spectacle est-il réactualisé en fonction de l’actualité ? Non, c’est quand même très long de créer des nouveaux sketches, mais il y a une partie sur l’actualité politique que je fais évoluer en permanence. Surtout en ce moment, avec l’actualité qui bouge beaucoup. Ressentez-vous une pression politiquement correcte de plus en plus forte ? Il y a une pression, mais en même temps je me sens très libre. C’est à chaque humoriste de fixer ses propres limites. Nous sommes en démocratie et on peut tout dire, cela dépend évidemment de la manière de le dire, il faut avoir un peu de finesse. D’ailleurs, je fais un sketch sur le politiquement correct en expliquant ce que l’on peut faire ou non et je fais réagir le public en pointant certaines choses. En même temps, le fait qu’il y ait des contraintes, ce n’est pas forcément négatif, cela peut au contraire développer la créativité. C’est à nous, en tant qu’artistes, de nous adapter et d’être créatifs face à de nouvelles contraintes. Mais je fais vraiment des sketches pour le grand public. Il y a déjà beaucoup d’humoristes qui évoquent ce sujet. D’ailleurs, le politiquement correct vient des États-Unis et l’on a vu apparaître une vague d’humoristes en réaction à cela. Il y a quelques années, j’avais assisté à une soirée sur ce thème. Cette prise de conscience ne me dérange pas, je trouve plutôt bien qu’il n’y ait plus de blagues sexistes et que, tout d’un coup, on trouve qu’il n’est plus normal de mettre la main aux fesses à une petite dans une entreprise! Je trouve très salutaire cette prise de conscience. Je trouve ça bien d’éviter les blagues homophobes. Peut-être qu’il y a un excès de sensibilité et que la jeune génération est très intransigeante, mais tant mieux, parce que c’est ainsi que les choses bougent. C’est comme la minijupe, ça monte et ça descend... Il y a une hypersensibilité avec des excès mais, après, tout va se réguler. On a sentiment que vous revenez davantage vers la politique… Anne Roumanoff présentera son nouveau spectacle « Tout va presque bien ! » sur la scène d’Atlantia vendredi 17 décembre à 20h. Au menu, les réseaux sociaux, Emmanuel Macron, le politiquement correct, les femmes divorcées, la start-up nation, les sites de rencontres, le culte de l’apparence... Anne Roumanoff n’a jamais été aussi mordante, sensible, libre et rayonnante que dans ce spectacle. Elle répond aux questions de Yannick Urrien pour Kernews et La Baule +. Pratique : « Tout va presque bien ! » d’Anne Roumanoff, vendredi 17 décembre à 20h à Atlantia à La Baule. Réservations au 02 40 11 51 51 ou à l’Office de Tourisme de La Baule. Il y a vraiment les deux. J’ai évoqué beaucoup de sujets autour de la vie des femmes, notamment la grossesse, l’éducation des enfants ou le mariage... Bref, c’est tout ce qui a suivi ma vie. Mais je ne raconte pas ma vie sur scène, je puise dans ma vie des choses qui peuvent intéresser les gens et je me cale sur le public. Après, il y a toujours eu dans mes spectacles des anecdotes sur la vie quotidienne, mais aussi des choses plus axées sur la politique et la société. Je raconte aussi la vie d’une bouchère qui galère avec Internet et les cookies, c’est quelque chose qui fait beaucoup rire ! J’aime cette alternance en passant d’une fable sur Metoo à un sketch avec une voyante un peu neuneu qui prédit l’avenir. Maintenant, sur la politique, je fais bien attention à ne jamais laisser entendre que les politiques sont pourris, parce que ce n’est pas le cas : ils font ce qu’ils peuvent, on est dans un monde qui s’adapte, donc j’ai une espèce d’indulgence pour eux. Bien sûr, je pointe des trucs et je m’adapte aux réactions du public. Parfois, je peux ironiser sur certaines personnes et je m’aperçois que cela ne fait pas rire, alors j’arrête. Il faut toujours avoir quelque chose de pertinent à dire sur quelqu’un, il faut trouver un axe original. Je fais vraiment attention à cela. Il y a des humoristes, comme Laurent Gerra, qui séduisent davantage l’électorat de droite, et il y a eu des gens, comme Guy Bedos, qui étaient beaucoup plus marqués à gauche. Or, on arrive difficilement à vous identifier… Je ne sais pas si cette distinction gauche - droite est toujours actuelle. Aujourd’hui, c’est plutôt le centre contre les extrêmes, mais je ne sais pas vraiment. En plus, j’ai un public très varié, de tous les âges et de toutes les catégories socioprofessionnelles. J’ai vraiment de tout. Quand je tacle certaines personnes, j’entends une partie de la salle qui ne rigole pas, et c’est l’inverse sur un autre thème, mais je fais vraiment ce que je ressens. Vous devez suivre en permanence les faits de société… C’est quelque chose que je fais en permanence. Cela m’a toujours passionnée d’écouter les conversations. Je ne le fais pas pour les sketches, je le fais parce que ça m’intéresse et, après, je m’en sers pour mes sketches. Mais c’est vrai, au restaurant, j’écoute toujours la conversation de la table à côté ! Avez-vous été influencée par tous ces humoristes que l’on appelait les chansonniers ? Mon influence première, c’est Sylvie Joly. Après, Les Inconnus. Ensuite, il a fallu trouver son style en creusant son originalité. C’est essentiel pour un humoriste. Les jeunes continuent de vous suivre, ce qui n’est pas facile, car on voit apparaître une nouvelle génération de comiques qui sont beaucoup plus engagés et transgressifs… Je suis toujours très contente quand je vois des gens de 20 à 30 ans dans la salle, cela me fait vraiment plaisir et j’ai des très bons retours de cette classe d’âge. Mais j’ai aussi des enfants de cet âge et cela m’aide à rester connectée à leurs problématiques. Les sensibilités ne sont pas les mêmes. Par exemple, je fais un sketch sur les influenceurs qui me fait beaucoup rire, mais lorsque mes enfants me disent qu’il faut que je change telle ou telle chose, je les écoute... Comment vous organisez-vous lorsque vous partez en tournée dans toute la France ? Est-ce le cliché habituel de l’artiste qui va de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel ? Oui, c’est ma vie depuis 30 ans ! Mais j’aime bien être à l’hôtel, regarder la télévision, faire ce que l’on veut, avoir le petit déjeuner au lit... Ce n’est pas la mine ! J’ai toujours mon ordinateur avec moi, je travaille et je lis. Tout cela me plaît. J’adore la plage Benoît et voir les gens se promener, un petit pull bleu marine négligemment jeté sur les épaules... Connaissez-vous La Baule ? Mais oui, la plage Benoît, cher ami ! J’ai déjà été en vacances à L’Hermitage et au Royal Barrière, c’est très beau et c’est très chic, La Baule. J’adore la plage Benoît et voir les gens se promener, un petit pull bleu marine négligemment jeté sur les épaules et avec des mocassins... Propos recueillis par Yannick Urrien.

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