La Baule+

La Baule + : Quelle est la spécificité de votre étude ? Alizée Lauvray : D’abord, il y en a pour tout le monde. Dans ce que nous proposons, il y a des bijoux, de l’argen- terie, des meubles, des ta- bleaux, du vin, des livres... Nous sommes habilités à tout vendre et à tous les prix, de 20 euros à des millions d’eu- ros. Ici, on s’extasie aussi de- vant des petites choses, à 30 ou 40 €, que l’on trouve jolies et bien faites. On contribue à redonner une seconde vie à de beaux objets. On parle beaucoup d’écologie. C’est une opportunité pour se réin- téresser aux choses du passé et les transmettre à d’autres qui vont les apprécier. La passion pour le vintage est également une manière de se rassurer en se replongeant dans des années de croissance Avec la crise sanitaire, on observe un attrait de plus en plus impor- tant pour la proximité et pour la sincérité, que ce soit dans l’alimenta- tion ou la mode. Consta- tez-vous la même chose pour le patrimoine ? Il y a un retour du vintage, c’est une évidence. C’est aussi une histoire de mode, on a envie de se différen- cier. Certaines personnes découvrent cela par phéno- mène de mode, mais cela les amène aussi à s’intéresser à l’histoire. La passion pour le vintage est également une manière de se rassurer en se Patrimoine ► Une nouvelle associée au sein de l’étude du commissaire-priseur Éric Sanson Alizée Lauvray : « Un bel objet, ce n’est pas forcément un objet cher. » M aître Éric Sanson, commis- saire-priseur à La Baule, annonce l’arrivée d’Ali- zée Lauvray, historienne et commis- saire-priseur, au sein de son étude, qui revendique un esprit familial puisqu’il s’agit de sa fille. Alizée a déjà un par- cours impressionnant. Elle a fait ses études à La Baule, puis a rejoint Nantes pour son Master de droit, suivi d’une li- cence en histoire de l’art, avant de pas- ser le concours de commissaire-priseur à Paris. Elle a effectué sa première expé- rience chez Sotheby’s, une maison pres- tigieuse, ce qui lui a permis de passer son examen final : « J’ai connu l’étude familiale toute ma vie à La Baule et je me suis retrouvée dans une structure internationale avec le meilleur du mar- ché. C’était vraiment intéressant de pouvoir comparer et apprendre. Il y a trois ans, je suis revenue travailler avec mes parents. » Alizée partage sa vie entre Paris et La Baule puisqu’elle travaille les trois quarts du temps dans une autre mai- son prestigieuse, chez Boucheron, place Vendôme à Paris, où elle s’occupe du patrimoine de la maison Boucheron en tant qu’historienne et commissaire-pri- seur. Le caractère de cette jeune femme, qui possède déjà une grande culture de l’histoire de l’art, et son sens très pointu de l’analyse, laissent deviner qu’elle sera demain une star de la profession. Lors- qu’on lui demande la définition d’un bon commissaire-priseur, elle répond : « Un bon commissaire-priseur ne passera jamais à côté d’une belle pièce, même si cela nécessite une expertise, mais il dira qu’il ne sait pas exactement ce que c’est, qu’il a la certitude que c’est bien et qu’il va chercher en faisant appel à un expert du domaine… » SCP Éric Sanson – Alizée Lauvray, Place Antoine de la Perrière (devant la gare de La Baule-les-Pins) à La Baule. Tél. 02 40 60 60 90. replongeant dans des années de croissance, quand tout allait bien, même chez ceux qui ne les ont pas connues. On peut également ve- nir vous présenter des objets chaque vendre- di. Comment travail- lez-vous ? Je reçois gratuitement tous les vendredis des clients, qui peuvent m’apporter ce qu’ils veulent, ou des photos quand c’est trop gros, et je fais une expertise gratuite en leur di- sant combien cela peut valoir. Après, la personne décide si elle nous confie la vente ou non. Ce sont les commis- saires-priseurs qui font le marché de l’art - ce ne sont pas les galeristes ou les mar- chands - à partir de l’offre et de la demande. Avec le recul, quand on a étudié l’histoire de l’art, on voit ce qui a per- duré à travers le temps et ce qui a chuté. Aujourd’hui, tout va très vite. Les cotes peuvent être fulgurantes pour certains artistes et elles peuvent aussi être fulgurantes vers le bas pour d’autres. On retrouve cela partout. L’achat par les enchères est très différent de l’achat en magasin parce qu’il y a une montée d’adrénaline Des séries comme Mad Men ont-elles une in- fluence ? Complètement. On observe cela dans la mode vestimen- taire. Les séries font redé- couvrir une époque aux gens. Ils apprécient le mobilier ou la peinture et ils vont recher- cher cet art de vivre. Avec la crise sanitaire, les gens sont restés chez eux. Ils ont été confrontés à leur intérieur qui, finalement, ne reflétait pas cedont ils avaient envie et ils se sont mis à acheter dans nos ventes. On a pu observer une forte augmentation de la clientèle, avec une volonté d’avoir de beaux objets. Un bel objet, ce n’est pas forcé- ment un objet cher, puisque l’on peut trouver un joli vase à 30 € chez nous. L’achat par les enchères est très différent de l’achat en magasin ou sur Internet, parce qu’il y a une montée d’adrénaline : on n’est pas sûr d’avoir l’objet et on sait qu’il peut nous échap- per, mais, quand on l’a, on éprouve vraiment une émo- tion particulière. Les investisseurs ont-ils aussi une approche pa- trimoniale car, avoir un bel objet, c’est aussi un placement ? C’est celui qui achète qui s’en- richit. C’est un placement, on en profite, c’est beau. On se cultive en portant un intérêt à une période, une technique ou un artiste. D’ailleurs, les cotes de tous les grands ar- tistes explosent, parce qu’il y a des gens qui ne savent plus où mettre leur argent... Les années 80 arrivent… Quelles sont les modes ? Il y a une trentaine d’années, les meubles du XVIIIe va- laient des fortunes. Mais le XVIIIe siècle n’est plus à la mode. Aujourd’hui, le design est très à la mode. On redé- couvre tout le XXe siècle, on remonte les années progres- sivement. Il y a eu les Arts déco et maintenant les an- nées 80 arrivent… la baule + 30 // Août 2021

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