La Baule+

18 // Octobre 2020 M ichel Audiard, que ces temps de très basses eaux en ma- tière de rigolade nous font regretter un peu plus chaque jour, le disait fort bien : « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » Eh bien, il y a dans l’actualité récente au moins un person- nage à s’être illustré avec éclat dans ce registre de l’au- dace inconsidérée. En fait, il a lâché tout haut ce que, à de très rares exceptions près, ses confrères en politique, notamment les élus, pensent tout bas. Il s’agit du prési- dent du conseil départemen- tal du Loir-et-Cher, vous sa- vez, là où, selon la jolie chan- son de Michel Delpech, vi- vent des gens qui « ne font pas de manières » . Leur pré- sident n’en a guère fait, c’est certain, lors d’une réunion de son groupe politique, ses «amis » donc. On y préparait les élections à venir en 2021: départementales, régionales. Alors, ce président, particu- lièrement inspiré, s’est fait un devoir de ramener sa science et de balancer sa très fine analyse psychosociolo- gique de l’état mental des po- pulations. Le propos a le mé- rite d’être synthétique et clair. « La plupart des gens, pardonnez-moi, déclara-t-il, sont des cons. » Et d’ajouter « on est face à des gens stu- pides (...) n’oubliez pas qu’on s’adresse à des CE1 ou des CE2. » Ce disant, il visait bien évidemment le citoyen- électeur. Cela asséné non sans une certaine lucidité au- tocritique, probablement in- volontaire, mais qu’il convient de saluer quand même, car comment ne pas se considérer con soi-même quand on pense qu’on a été élu par des cons ? On pour- rait même prétendre à bon droit en être le roi. Le roi ré- publicain assurément, mais roi tout de même. Passons ! Dans les cours de récréation Humeur ➤ Le billet de Dominique Labarrière Plus stupide, tu meurs… de mon enfance, une sen- tence des plus éclairées et d’une pertinence jamais dé- mentie faisait autorité : «C’est celui qui l’dit qui y est!». Je ne me souviens plus si cet axiome était directe- ment inspiré d’Aristote ou de Platon, mais il n’est pas dou- teux qu’il pourrait s’appli- quer au locuteur dont il est ici question. Car, à une époque comme la nôtre où, grâce à la magie I-phonique, tout est en permanence en- registré, filmé, capté, s’ima- giner un seul instant que de tels propos puissent rester dans l’entre-soi relève d’une forme de naïveté confinant à la stupidité. De plus, c’est ou- blier cet autre adage, lui aussi d’une pertinence jamais dé- mentie, selon lequel on n’est jamais trahi que par les siens. Adage qui trouve son expres- sion la plus répandue, la plus violente, la plus constante bien évidemment en poli- tique. Cependant, on imagine sans difficulté le grand mo- ment de solitude qu’a vécu l’auteur de la bévue lorsque celle-ci s’est répandue dans les médias... Mais voyez ce que c’est tout de même que la solidarité corporatiste ! En la circonstance, on peut dire qu’elle a fonctionné à plein. Probablement pour ne pas le Labarrière en liberté Retrouvez le philosophe et écrivain Dominique Labarrière et Fabienne Brasseur, du lundi au vendredi, entre 9h10 et 9h30, sur Kernews 91,5 FM Rediffusion le samedi entre 8h et 10h laisser seul dans cette épreuve, l’ancienne très ré- jouissante porte-parole du gouvernement, recyclée dans la boîte à idées (think tank) de la majorité présidentielle, considérant à l’évidence que le propos de son collègue loir-et-chérien n’était pas si bête (vous apprécierez ici l’al- lusion très subtile, n’est-ce pas...) s’empressa d’en rajou- ter. Devant une commission de l’Assemblée nationale, elle tint à entonner le même cou- plet, affirmant que notre mauvaise compréhension des cafouillages gouverne- mentaux à propos de la Co- vid était due à (je cite) « un défaut d’acculturation scien- tifique de la population fran- çaise. » Ce que le locuteur évoqué plus haut aurait sans doute exprimé en des termes moins choisis du genre « Les gens n’ont pas percuté juste parce qu’ils sont trop cons.» On aurait préféré de beau- coup. Cela aurait eu le mérite de lever l’ambiguïté du pro- pos de l’ex-porte bla-bla gou- vernemental. Ambiguïté, certes, car l’interprétation ne va pas de soi : soit il s’agit de pointer du doigt le défaut que serait notre manque de culture en la matière, soit le mot défaut a ici le sens de manque, et ce serait donc un manque de manque de culture (vous me suivez ?) qui serait la cause de notre incompréhension. Autre- ment dit, l’opposé de l’idée que la dame souhaitait émet- tre... Au fond, ces deux-là ne faisaient qu’exprimer une opinion très largement ré- pandue dans les sphères po- litiques : le citoyen est un gogo à qui on peut fourguer n’importe quelle salade. Ce- pendant, ce petit monde-là devrait quand même se mé- fier. Aux récentes législatives partielles, le taux d’absten- tion était de l’ordre de 80%. Peut-être bien 80% de gens qui ne se considèrent pas as- sez cons pour continuer à al- ler voter... 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Horizontalement 1. Présence, chez un même individu, des or- ganes reproducteurs des deux sexes. 2. Aiguiser sur une meule - Matoises. 3. Poumon de certains animaux de boucherie - Se disait d'une langue - Eclairage. 4. Soustraire - On y loue des chambres. 5. Se dit d'un mouve- ment de rotation autour d'un axe - Peuple de l'île de Hainan. 6. Ne se déplace pas comme un cavalier - Dialecte gaélique - Oi- seau voisin du pigeon. 7. Bêtes de somme - In- terrogation. 8. Métal grisâtre, très dur - On n'aime pas le voir déprimé - Ce n'est pas un débutant - A cours à Bucarest. 9. Fausse la vérité - Unité demesure des sur- faces agraires - Patrie de de Gaulle. 10. Peut se dire d'une voix - Ils ne peuvent pas s'envoler. Verticalement 1. Etude des globules du sang. 2. Emouvoir. 3. Ruse - Symbole chi- mique. 4. Poussé - Se fait avec des baguettes - Ancienne coutume hindoue selon laquelle une veuve devait se faire brûler sur le bû- cher funéraire de son mari. 5. Vient de sortir de l'en- fance - Personnel. 6. Qui existe depuis l'ori- gine. 7. Epouse d'Abélard - Dieu. 8. Abondammentmouil- lée. 9. Décorée - Altesse royale. 10. Combat singulier - Se boit à petites gorgées. 11. Echelle de sensibilité, en photographie - Gar- çon d'écurie - Préfixe. 12. Ne pourrait être sourde et aveugle. 13. Pronom personnel - Nommé à une fonction. 14. Stupéfiés. Solutions page 30 Mots croisés

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